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Ali Benouari à ouvalalgérie :« la Banque d'Algérie est à l'économie du pays ce que le Ministère de l'intérieur est aux libertés publiques»
  • Publiée le : 03-02-2015
  • Article publier dans Interviews
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Ali Benouari, homme politique algérien, ancien ministre du trésor, et candidat à l'élection présidentielle de 2014 ,  nous a accordé une interview  sur des sujets qui préoccupent de prêt les Algériens.

 

1-Depuis quelques années, particulièrement ces derniers mois une augmentation vertigineuse des prix touchât les produits alimentaires de large consommation, quelles sont les raisons et qu’en pensez-vous ?

Il y a plusieurs raisons aux augmentations des prix des produits alimentaires, toutes étant liées par la mauvaise politique qui est menée depuis 1999.

 

a. Il y a d'abord l'augmentation de la population (10 millions de personnes en 15 ans) ainsi que l'augmentation de la consommation par habitant du fait de la croissance des revenus pétroliers, le tout sans augmentation de la production nationale. Cette augmentation de la consommation est couverte par les importations. Cela fait  qu'on importe aujourd'hui près de 2/3 de nos produits alimentaires, pour un montant de 15 milliards de dollars environ, soit 8 fois plus qu'en 1999.

 

b. Il y a ensuite le système des subventions et des transferts sociaux qui représente un quart de la production nationale (PIB) tous secteurs confondus. Ce système, entraine d'énormes gaspillages de ressources, en même temps qu'il décourage la production nationale de biens alimentaires.

 

c. Il y a enfin la baisse des ressources d'exportation du fait de la baisse combinée de la production, des exportations et des prix des hydrocarbures exportés. Cette baisse n'a pas encore été suivie par une diminution des importations, mais elle a déjà eu un effet sur le taux de change du dinar qui a été déprécié d'environ 10%, entrainant une hausse mathématique du prix des biens importés.

 

2- la baisse du dinar, la chute du prix du pétrole (qui est a moins de 45 $ le baril) et le diktat du lobby de l’importation, sont-ils aussi des causes?

Pour les deux points ci-dessus, la réponse vous est aussi fournie ci-dessus. Pour le lobby de l'importation, c'est aussi une cause importante. C'est le fameux lobby de l'import-import, qui a ses ramifications au seul de tous les rouages de l'Etat (Gouvernement, parlement, Douanes, etc.). Les importations sont la plus grande et la plus rapide  source d'enrichissement en Algérie du fait que les 3/4 des importations sont assurées par le secteur privé, et que le niveau des  importations a été multiplié par 7 en 15 ans. C'est aujourd'hui le plus puissant lobby, qui se nourrit des facilités que lui offrent les banques d'Etat, mais aussi du marché noir, couvert par les autorités. Ce marché noir étend ses tentacules à toutes les administrations qui ferment l'oeil sur ses activités: depuis le trafic toléré de devises jusqu'à la contrebande de biens importés.

 

3- Que faut-il faire pour que le dinar reprenne de l'élan ?

La question du dinar ne peut pas être traitée en dehors de l'organisation politique et Economique du pays. Sa valeur est fixée administrativement, en fonction des intérêts en jeu. Elle peut aussi bien être réévaluée pour permettre un accès moins cher à la devise pour les clients privilégiés du Système que dévaluée pour augmenter les prix des bien importés afin de diminuer la facture d importations, évitant ainsi de faire apparaitre un trop grand déficit de la Balance des paiements du pays. Un déficit important de cette Balance signalerait l'échec de la politique économique suivie depuis 15 ans.

 

La vraie valeur du dinar, c'est à dire celle qui permet d'optimiser l'allocation des ressources financières du pays, n'intéresse pas le Pouvoir. L'important pour ce dernier est de conserver le régime  des changes actuels (flottement dirigé) qui lui permet de garder le monopole sur l'octroi de la devise. C'est un puissant levier de pouvoir. La Banque d'Algérie est à l'économie du pays ce que le Ministère de l'intérieur est aux libertés publiques. Monopole de l'argent grâce a la première, monopole du pouvoir politique grâce au second. La restriction des changes va de pair avec la restriction des libertés.

 

4- Et enfin ,  Est-ce une utopie, où est-ce réalisable?

Je vous renvoie pour cette question au programme que j'ai présenté lors de la dernière élection présidentielle, en particulier à la partie qui traite de le reforme monétaire et fiscale (sur mon site www.benouari2014.net)  Vous pouvez aussi consulter les deux articles que j'ai publiés les 24 et 25 Décembre 2005 sur El Watan, sous l'intitulé: " plaidoyer pour la convertibilité totale du dinar Algérie" (consultables sur mon site www.benouari.ch).

Où j'explique que oui, c'est réalisable, et même vital, du point de vue de la réussite des reformes économiques dans notre pays.

 

"Sans nous étendre sur les aspects techniques du taux optimal de change, celui-ci doit favoriser les investissements productifs et dissuader les importations débridées.

 

Il s'agit de déployer une vraie politique de gestion des ressources qui s'inscrive dans la mise en oeuvre d'une planification transparente qui oriente le développement des moyens de production nationaux et assure le maintien d'un niveau des importations destiné à la satisfaction des besoins fondamentaux de la population notamment en matière de santé et d'alimentation de base. 

La question du taux de change optimal reste quand même posée car il est difficile , avec le taux de change actuel, de décourager les importations non désirées.

 

La mise en place d'un taux de change multiple, même si elle n'est pas aisé, et/ou l'adoption d'un régime douanier approprié (certainement avec l'accord de nos partenaires de l'OMC), pourront s'avérer nécessaires pour réussir une politique de protection de la production nationale et de découragement des importations de biens non nécessaires.

 

Cependant, une solution durable ne peut venir que d'une réforme monétaire et fiscale globale, qui redéfinira totalement le rôle du taux de change et celui de la fiscalité, en tant que parties d'un tout. Cette réforme, d'essence éminemment politique, nécessite bien entendu que soit instauré un régime authentiquement démocratique, seul à même de faire prévaloir les intérêts à long terme de l'Etat sur ceux des clans et des lobbies."



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