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Ferial BENTCHIKOU FURON à Ouvalagerie : « Nous voulons que la culture algérienne soit mieux connue en France »
  • Publiée le : 24-02-2015
  • Article publier dans Interviews
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Ferial Furon présidente de FARR (Franco-algériens Républicains Rassemblés), nous parle de  Son mouvement avec conviction, au cours d’un entretien qu’elle nous a accordé.

 

1-Vous êtes présidente de FARR (Franco-algériens Républicains Rassemblés), en quoi consiste réellement votre association, et quels sont vos objectifs ?

 

Je ne comprends pas l’emploi du qualificatif : « réellement »…

FARR n’a pas d’objectifs cachés.C’est une association de personnes privées, de citoyens français, qui ont en commun d’avoir des attaches affectives avec l’Algérie de par leur origine ou de par l’intérêt qu’elles portent à ce pays, ses traditions, sa culture, son histoire.

 

 Les objectifs de FARR sont tout aussi transparents :

Ils consistent en France à lutter d’abord contre toute forme de discrimination à l’endroit des Français d’origine algérienne. Mais nous ne sommes pas les seuls à le faire et c’est le moins que l’on puisse attendre d’une association de citoyens français d’origine algérienne. Notre spécificité c’est de vouloir interpeller la classe politique française sur les problèmes de la communauté franco-algérienne tout en restant apolitiques.

 

 

Cette année, par exemple, nous avons posé deux questions aux politiques lors de notre gala : le devenir de la francophonie en Algérie et pourquoi faut-il s’exiler deux fois pour pouvoir totalement exprimer ses talents quand on est franco-algérien ?

 

Notre spécificité c’est de vouloir changer la vision des Français sur cette communauté trop souvent assimilée à des travailleurs sans qualification, à des footballeurs, voire à des délinquants. Or cette vision, si tant est qu’elle ait eu un jour une quelconque réalité, ne correspond plus à la réalité de 2015…Où sont les médecins, les avocats, les chercheurs, les cadres, les chefs d’entreprises ?

 

C’est pour ça que nous faisons « Les trophées de la réussite », c’est pour ça que nous nous attachons à choisir des lieux connus et prestigieux pour nos réunions : pour passer de l’invisible au visible. C’est pour ça que dans nos projets, nous comptons faire des choses dans le domaine de l’orientation scolaire en termes d’éducation dans nos deux pays.

 

Enfin notre troisième spécificité, c’est de vouloir promouvoir une meilleure compréhension entre la France et l’Algérie et qu’il nous semble que la communauté qui a la chance de vivre ces deux cultures harmonieusement, ces deux attachements, est la plus pertinente pour cela.

 

 2-Qu’elle a été votre motivation première pour créer ce mouvement?

 

Je n’aurais jamais dû raconter cette anecdote…

 

Je suis née en Algérie, j’ai fait mes études de pharmacie en France, je suis mariée avec un Français de qui j’ai eu trois enfants. Je ne m’étais jamais préoccupée de ces questions, j’avais bien noté des réticences, un questionnement sur mes origines quand elles étaient connues, mais ma prise de conscience c’était arrêtée là.

 

Il se trouve qu’un jour dans mon salon, j’écoutais une émission culturelle où un philosophe très connu, parlait de façon insistante de culture « judéo-chrétienne » pour qualifier la culture et l’histoire française. Je suis dans l’incapacité de répondre sur le pourquoi et le comment mais là, dans mon salon, avec mes enfants et mon mari, je me suis sentie exclue par ce seul qualificatif de la communauté nationale française.

 

Intuitivement j’ai pensé que cette approche était réductrice : que la France c’était aussi, c’était d’abord, l’héritage gréco-latin, l’héritage de la Renaissance, et surtout l’héritage des Lumières et des philosophes Humanistes du dix neuvièmes siècle. Pour la petite histoire, un de mes amis, d’origine chinoise, ressent lui aussi cette même gêne, cette même interrogation. Or, la France de 2015 qui continue de se construire sous nos yeux ne peut et ne doit pas se confiner dans des nostalgies réactionnaires, elle doit évoluer et pour cela prendre en compte une réalité culturelle infiniment plus riche que la stricte référence à un pan de son identité.

C’est à ce moment que j’ai pris la décision de créer FARR.

 

 3-Est-ce dans vos projets de promouvoir la culture algérienne à l'international?

 

A l’international, FARR n’en n’a pas les moyens.

 

Plus modestement nous voulons que la culture algérienne soit mieux connue en France…Tous ces artistes, ces créateurs doivent rencontrer un plus large écho sur le territoire national français… Il y a des réussites exemplaires de talents algériens, mais il nous semble que l’histoire et la culture algérienne méritent mieux que ce qui existe à l’heure actuelle.

 

Nous avons noté que François Fillon envisageait une année de l’Algérie en France et c’est une idée qui nous a beaucoup séduits.Nous espérons voir un jour des expositions spécifiquement algériennes dans les musées français à l’instar de ce que font d’autres pays du Maghreb et du Moyen Orient.

 

 4-Cette association est-elle un tremplin, pour d'éventuels projets politiques futurs ou autres ?

 

Non.

Je vais même aller plus loin, je n’ai pas à titre personnel vocation à être présidente de FARR à perpétuité, c’est l’histoire et le libre arbitre de chacun.

 

 5-Vous prônez l’idéologie de laïcité, ne pensez-vous pas que la culture algérienne est en contradiction avec celle-ci ?

 

La laïcité n’est pas une idéologie : c’est un principe constitutionnel français.

La France et l’Algérie sont des états indépendants et fiers de l’être.En conséquence, il ne doit pas y avoir de confusion : ce que vous appelez « culture algérienne » concerne les Algériens, et un principe constitutionnel français concerne les Français. Il se trouve que les Français sont très attachés au principe laïc qui fait de la religion un domaine strictement privé et en aucun cas un mode d’expression public.

 

FARR est donc attaché au principe laïc en France pour trois raisons :

D’abord parce que c’est la Loi française que nous respectons.Ensuite parce que nous respectons la sensibilité du peuple français dont nous sommes partie intégrante.

Enfin parce que nous sommes convaincus que la laïcité, loin de brimer les religions, protège les religions minoritaires. On ne peut pas en même temps lutter contre les discriminations sociales qu’on vous impose et se discriminer soi-même dans une société donnée…

 

Certains, et pas seulement des musulmans, s’y risquent en France.

FARR considère que c’est une dérive dangereuse pour la société française qui ne l’acceptera pas et considère par conséquent qu’elle est dangereuse pour les intéressés eux-mêmes. J’aime beaucoup la réponse de saint Amboise à l’interrogation de saint Augustin :

 

 « Si tu es à Rome, vit comme les Romains ».

Comme quoi nous ne sommes pas les premiers Algériens à nous poser cette question…



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