Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player


Obtenir le lecteur Adobe Flash


Quitter Alger et s’installer à Athis-Mons, le périple de Merzak
  • Publiée le : 13-10-2017
  • Article publier dans Monde
  • Lue 20094 fois
Près de deux cents personnes se sont installées dans les pavillons de la Cité de l’air d’Athis-Mons. Certaines ont reçu des avis d’expulsion, mais tous restent dans l’attente d’une solution de relogement. Derrière ces réalités précaires, des personnalités singulières. Nous avons rencontré un de ses locataires, Merzak.

Aux alentours de midi, il y a plus de passages que d’habitude à la Cité de l’air d’Athis-Mons. Des coureurs passent, la foulée lourde, devant les gazons et pavillons à l’anglaise de ce quartier. Merzak est assis sur le trottoir devant sa maison, il ne souhaite pas nous recevoir chez lui « je vous aurais invité à l’intérieur, mais j’ai honte. » Ce jeune homme de vingt-cinq ans habite seul. Veste en cuir, baskets, sacoche en bandoulière, il ressemble à beaucoup de jeunes hommes de son âge. Mais son regard est marqué. Marqué par les expériences de vie que la plupart des jeunes gens de vingt-cinq ans en France n’ont pas vécu.

Quitter chez soi

Merzak est originaire d’Alger, il y a deux ans il a décidé de quitter son pays pour tenter sa chance en France. « J’ai marché d’Alger à ici, » explique-t-il. Il est passé par la Turquie, la Grèce, la Macédoine et a continué pour à arriver jusqu’à Athis-Mons.


En partant, il a laissé dernière lui toute sa vie. « Partir c’était une bêtise, parce que j’ai laissé ma mère. » Sa mère, c’est ce qui revient le plus souvent dans le discours de Merzak. « Elle ne voulait pas que je parte en disant que la route était trop dangereuse. » Elle avait peur pour son fils qui a « vu la mort » sur le bateau de la Turquie à la Grèce. « La route est tellement dangereuse, tout ce qu’on pense à ce moment-là c’est pourquoi ? Pourquoi s’infliger ça ? » 
Les raisons, on peut les comprendre en écoutant son récit de vie. « J’ai grandi sans mon père, ma mère m’a élevé seule. Il s’est marié après avoir connu ma mère, et a fondé une famille, a eu d’autres enfants. Je n’ai connu la famille de mon père qu’à quinze ans, et j’étais heureux de partir à la rencontre de cette partie de moi que je ne connaissais pas, » raconte-t-il. Sa mère et lui n’ont jamais eu beaucoup d’argent. Du côté de son père, le destin a été plus favorable. Sa famille est riche, il tient une société qui vend des équipements de bricolage, les demi-frères de Merzak travaillent avec lui. Les filles se sont quant à elles mariées.


« Avec ma mère nous n’avons pas vécu cela. Mon père n’a jamais payé les allocations, mais ma mère ne les voulait pas de toutes les façons. Elle voulait qu’on se débrouille seuls. Et c’est ce que l’on a fait. C’est ce que je continue à faire aujourd’hui. » Face à ses demi-frères et sœurs, qui ont plus de chance, il ne ressent ni colère, ni de jalousie. « Ce sont mes frères et sœurs et je suis content pour eux, » déclare-t-il. Il ajoute également : « je suis fière de ma mère, elle était enseignante pendant trente-six ans, et moi j’étais fils de prof, c’est un beau statut. » Malgré les difficultés, Merzak est fier de là d’où il vient.


Il a tout de même rencontré beaucoup d’obstacles, notamment parce que le contexte économique et sociale de l’Algérie ne lui a pas été favorable. « En Algérie j’ai fait un baccalauréat option mathématiques et j’ai étudié l’architecture. Mais impossible de trouver un emploi dans cette branche. J’ai fait des petits boulots en tant que vendeur et chauffeur, mais je n’ai pas obtenu un diplôme pour faire ces métiers ! », s’agace-t-il. « Tout marche au piston là-bas, et moi je n’en ai pas. » 
Si le facteur économique explique son départ, il n’est pas le seul. Merzak voulait aussi voir comment la vie était ici, en France : « découvrir une autre partie du monde, tenter ma chance. » 
Alors il a laissé derrière lui sa mère, ses amis d’enfance, la vie qu’il connaissait pour voir ce que l’Europe avait à lui offrir. « On se demande toujours pourquoi on fait ça, alors on garde espoir et on se dit qu’au bout du chemin, la galère ne sera plus là. »

Sa vie en France

En fait, ce qu’il a découvert en arrivant ne l’a pas enchanté. « Je suis arrivée pour vivre ‘une forme d’esclavage moderne’ » selon lui, « peu importe à quel point on travaille ici on est pauvres. Là par exemple j’ai quelques boulots dans le bâtiment, je n’ai pas été payé encore, » confie-t-il. Il tire ses revenus de la débrouille « je navigue, je vends, j’achète. » 

 
A peu près tous les jours, il vit le même rituel : « je vais dans le 18ème, je vends des cigarettes, ou d’autres choses, je vois ce qu’il y a à acheter et vendre. Mais là je n’y vais plus tellement, c’est trop dangereux. La police nous surveille. » Il y a beaucoup d’incertitudes dans sa journée comme : « est-ce que je vais manger aujourd’hui ? » Pour l’instant, il a un toit au-dessus de la tête, mais avec l’expulsion prochaine des familles de la Cité de l’air, il ne sait pas où il ira. 


Il exprime, avec un peu d’amertume, sa déception : « Ils nous ont menti ceux qui sont partis avant nous. Ils nous ont fait croire que la vie en Europe était meilleure. »
Face à ce constat, il pense revenir auprès des siens. « Aujourd’hui je voudrais rentrer mais ma mère ne veut pas. Elle avait peur pour moi quand je suis parti, mais maintenant que je suis là, elle dit que c’est préférable et qu’il n’y a rien à faire pour moi en Algérie. » Mais « je suis seul ici, et elle est seule là-bas. » Toutefois, un élément qui pèse dans la balance pour lui est que sa mère « est fière » du fait du « prestige » que c’est en Algérie d’avoir un enfant en France.


Assez fataliste, face aux questions sur son avenir, il s’en remet au destin : « je ne sais pas ce qui va se passer pour moi dans le futur, je vais faire tout mon possible, mais l’issue n’est pas de mon ressort. » Malgré cela, il n’a pas peur de l’avenir : « Je n’ai jamais eu peur parce que ma mère m’a toujours encouragé. » 
Merzak n’est pas entouré que par des malheurs néanmoins. Il aime bien la Cité de l’air, il sent que s’y reproduit une vraie vie de quartier. Il se recrée son univers familier en France, passe du temps avec des Algériens qu’il rencontre, qui connaissent des situations similaires.


Il n’a pas de papiers, pas d’aides – sauf celles que lui proposent les associations, mais il ne veut pas de la charité des gens, pour lui c’est humiliant. Le travail qu’il trouve est le résultat du bouche à oreille.


Il aurait des solutions pour régulariser sa situation : « je pourrais me marier, » dit-il en baissant les yeux, quelque peu honteux. « Il y en a qui font ça, qui épousent une Française pour avoir les papiers. Simplement pour avoir les papiers. Moi, je ne peux pas faire ça, lorsque l’idée me prend, je pense à ma mère, et je suis incapable de le faire. » 

 
« Il y a un deuxième chemin, plus long. La voie administrative. Au bout de cinq ans, si je fournis les papiers pour justifier que j’habite ici, je pourrais obtenir la nationalité. Mais je ne compte pas rester cinq ans ici. » Partir ou rester, deux options qui offrent leur lot d’inconvénients pour Merzak.
En fin de compte, l’Algérie lui manque, il a la nostalgie de son pays. « Ici on n’est pas chez nous, quoi qu’on fasse. »



Articles similaires :
Nouvelle cargaison d’armements US, larguée pour Daesh!!!!
Goussainville : appel aux dons pour financer l'opération de Nejma
La mosquée Al Aqsa saccagée par l’occupation israélienne

Vos commentaires :

Pour ou contre la peine de mort




X