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Tentatives de fermeture des débits de boissons, Gesticulations intégristes et passivité suspecte
  • Publiée le : 24-10-2014
  • Article publier dans Sociétés
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Une véritable milice islamiste prend forme et entreprend une «campagne de purification», à travers le territoire national. Il s’agit d’un parti politique non agréé, le Front de la sahwa islamique (l’éveil des mosquées), dont le chef, un certain Abdelfatah Hamadache, veut «purifier l’Algérie des lieux de débauche, de vices et des bars».

 

Son mode opératoire repose fondamentalement sur l’intimidation. Alger avait d’ailleurs vécu une de ses actions fanatiques durant l’été 2014, où les milices du moralisateur en question prenaient d’assaut les plages pour y interdire le port de maillots de bain et la mixité.Aujourd’hui, et profitant de l’impunité, de l’absence et parfois de la complicité de l’Etat, il passe à une vitesse supérieure. Il prétend même, dans les colonnes d’un journal arabophone, qu’il jouit du soutien de la police.L’Algérie est-elle en passe de revivre le même scénario des années 1980, où, encouragée par la passivité des autorités, la montée de l’islamisme et de l’intolérance dans la société a fini par produire le terrorisme de la décennie noire ? Entre-temps, des partis politiques agréés sont interdits de réunion, des syndicats autonomes sont réprimés dans la rue, des caricaturistes et autres activistes sur le Net sont mis derrière les barreaux.

 

A titre illustratif, le parti opposant Jil Jadid n’a pas eu, à six reprises, les autorisations de réunir ses militants dans six wilayas du pays. Contactés, des hommes politiques, des universitaires et des représentants du peuple livrent leur sentiment sur cette «campagne d’intimidation», mais aussi et surtout sur «le laisser-faire de l’Etat».

 

Mehdi Mehenni
Me NOUREDDINE BENISSAD, PRÉSIDENT DE LA LADDH : «Pas question d’une police parallèle pour veiller aux moeurs»

C’est une atteinte flagrante aux libertés individuelles. Sur le plan juridique, il y a des institutions qui sont chargées de protéger les personnes et leurs biens, conformément à la Constitution. Il n’est pas question donc d’une police parallèle pour veiller aux moeurs. Jusqu’à preuve du contraire, nous sommes dans un Etat civil et nous sommes régis par une Constitution et des lois, que nous ne pouvons substituer à des actions informelles, sous quelque prétexte que ce soit. Dans le cas contraire, ça sera la fin de la République.»

 

HABIB ZAGAD, DÉPUTÉ INDÉPENDANT : «Il y a absence de l’État»

«Cette action anarchique renseigne au moins sur une chose : il y a absence de l’Etat. C’est très grave que les choses arrivent à ce stade, c’est-à-dire la loi de la jungle. Les bars et autres débits de boissons sont régis par une loi et l’Etat doit intervenir auprès des gens qui tentent d’intimider les patrons ou les consommateurs. Après, si un établissement est sujet à des dépassements récurrents, le citoyen ou le comité de quartier doit saisir les autorités et non pas agir par lui-même.Car dans pareil cas, chacun constituera un petit Etat devant chez lui. Ils représentent qui ces milices du front de la Sahwa islamique, pour intervenir de la sorte ? Ils ont la mosquée pour la prière, libre donc aux autres d’aller au bar. Les deux lieux sont régis par une loi et devant laquelle nous sommes tous égaux. Les citoyens victimes de ce genre de campagnes d’intimidations doivent absolument déposer une plainte. C’est une atteinte à la liberté individuelle. J’insiste encore une fois que les citoyens ne doivent pas se laisser faire et personnellement si quelqu’un d’eux m’approche un jour, j’irai voir le procureur de la République.»

 

FERHAT AÏT ALI, ÉCONOMISTE : «L’alcool est une industrie productive, le discours fanatique est destructif»

«Nous ne pouvons pas parler de relance de l’industrie touristique sans avoir des lieux où les gens peuvent se détendre selon leurs convictions personnelles. Ensuite, nous avons une industrie d’alcool (bières et vins), qui représente trois volets économiques importants. Il s’agit de la création d’emplois, de la plus-value, et de la fiscalité ordinaire d’origine locale.Nous avons également le produit de l’industrie agricole qu’est le vignoble. A suivre la logique de ces fanatiques, ce sont des dizaines de milliers d’hectares de vignes qui risquent de disparaître. Et puis, il faut dire que l’activité touristique n’existe pas sans alcool tout comme il n’existe pas de tourisme islamiste.

 

Les Saoudiens vont en Espagne et non pas au Soudan, pour boire de la bière. Il faut donc prendre conscience, que ce front de la Sahwa islamique est un poste avancé de Daesh ou du wahhabisme en Algérie. C’est une bande de 50 voyous de Belcourt, guidée par un certain Hamadache, que si on les laisse faire, le mal dont ils sont capables va se propager tel un cancer.

 

SOUFIANE DJILALI, PRÉ- SIDENT DE JIL JADID : «Qu’ils aillent s’occuper de la grande corruption au sommet de l’Etat»

«Le pouvoir entend installer la peur parmi la population en laissant faire ce genre d’individus. C’est une manière de dire que si ce n’est pas nous, vous allez tomber entre les mains d’un Daesh qui coupe les mains et les têtes.

 

Le but est de créer une confusion à travers des actions moralisatrices. Nous aurions aimé que ces mêmes moralisateurs aillent s’occuper de la grande corruption au sommet de l’Etat qui, elle, est réellement génératrice de tous les fléaux sociaux. Le pouvoir interdit ainsi la parole à l’opposant et ouvre en même temps la voie aux serviteurs pour mieux continuer la prédation.Car aujourd’hui, les partis islamistes légaux défendent un programme politique et ne sont nullement dans ce genre de logique. Le principe est d’éloigner les Algériens de la politique et de l’opposition tout en promouvant une «stabilité de corrompus». Je conseille à ces moralisateurs d’aller nettoyer les curies d’Augias au lieu d’intimider de pauvres citoyens.»

 

RACHID HAMIDOUCHE, ENSEIGNANT À L’USTHB : «Je me souviens que le terrorisme avait pris forme à travers des actions d’intimidation à l’université»

«Lorsque l’islamisme commençait à prendre de l’ampleur dans les universités, pendant les années 1980, je me souviens que l’une des premières actions des milices de l’intolérance était d’interdire la mixité dans les cités universitaires. Je me souviens même que la dernière cité à avoir vécu la mixité c’était celle de biomédical, de Dergana, jusqu’à 1988.Ensuite, ils ont commencé à transformer des petits halls et des classes pédagogiques en salles de prière. Ils avaient aussi entrepris d’intimider les couples à l’intérieur de l’enceinte universitaire. Pour contrecarrer les petits groupes qui ne se laissaient pas faire, ils arrivaient même à avoir du renfort au-delà des murs de l’université.

 

Je me rappelle d’ailleurs qu’en face de la cité universitaire de Bab-Ezzouar (RUB 1), il y avait une mosquée dont les fidèles venaient souvent prêter main-forte à leurs frères de conviction pour agresser les étudiants résidents qui ne faisaient pas le carême. Ils avaient exactement des méthodes fascistes. A partir de 1990, tout ce mouvement s’est transformé en une véritable police des moeurs pour donner lieu en fin de compte au terrorisme qu’a connu l’Algérie pendant la décennie noire.»

M. M.

La DGSN muette !

 

Contacté hier, pour savoir pourquoi la police n’intervient pas face à une campagne illégale qui se veut de «purification nationale », le chargé de communication au niveau de la DGSN, le commissaire divisionnaire Djilali Boudalia, a demandé pour un premier temps de lui accorder le temps de se renseigner sur la question et se concerter avec ses collègues. En plus de n’avoir pas rappelé, comme il l’avait promis, le porte-parole de la Direction générale de Sûreté nationale restait injoignable en fin d’après-midi. M. M.

source: lesoirdalgerie



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