44 000 divorces en six mois en Algérie

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Mohamed, un jeune de 28 ans, a cru avoir fait le bon choix en épousant la femme qui l’a aimée six ans durant. Après avoir donné naissance à leur fille, le comportement de son épouse a changé. Elle se disputait quotidiennement avec sa mère et sa petite sœur. Son bonheur n’a pas duré longtemps. Le choix était difficile, mais il fallait prendre une décision. Il a quitté sa femme et a gardé sa fille puisque son beau-père a refusé de s’occuper de sa petite-fille, s’est confié Mohamed au Jeune Indépendant.

Le mariage est censé être le plus beau jour de la vie de deux personnes qui s’unissent devant Dieu et qui partagent tout pour le meilleur et le pire. Leurs proches se font la promesse de les accompagner dans cette aventure qu’est la celle de l’union sacrée . Cependant, certains obstacles dans cette aventure font que cette union se brise, cédant la place au divorce ; ce phénomène dont souffrent toutes les sociétés. Il est la conséquence de l’échec de la vie quotidienne entre les couples, surtout si ces derniers ont des enfants en bas âge, lesquels sont victimes des erreurs des grandes personnes. Selon un site électronique, plus de 44 000 divorces ont été enregistrés durant les six premiers mois de 2021. Un chiffre qui fait froid dans le dos.

Le divorce est souvent considéré comme un véritable constat d’échec de la construction de la vie à deux. Les deux parties en souffrent. Evidemment, lorsque cela concerne des couples sans enfant, le traumatisme est moins perceptible et on espère toujours que de meilleures opportunités se présentent, donnant ainsi la possibilité à tout un chacun de refaire sa vie. Par contre, la situation se complique davantage lorsque les enfants sont pris en otage par cette décision dont ils sont les premières victimes. Mais dans tous les cas de figure, le divorce, en tant que tel, laisse toujours des séquelles.

En Algérie, à l’instar d’autres pays, le phénomène du divorce s’est amplifié durant cette dernière décennie. Pourquoi et comment en est-on arrivé là ? On cite quelques pistes, juste pour essayer de mieux cerner le sujet.

« Divorce à l’italienne »

Il fut un temps, les Italiens étaient connus pour détenir la palme mondiale en matière de divorce, d’où l’expression consacrée à l’époque de « divorce à l’italienne », à tel point qu’un film portant sur ce thème a été projeté au vu de la récurrence du phénomène. Aujourd’hui, l’Algérie subit de plein fouet ce fléau avec un fort taux de divorce, dont les enfants sont les premières victimes. Cette situation catastrophique a conduit l’opinion publique à parler davantage de divorce à l’algérienne qu’à l’italienne.

Karim, quadragénaire, se confie au Jeune Indépendant : « J’ai épousé une enseignante, belle et intelligente, une fille de famille. Au début de notre vie commune, tout allait bien. On formait un couple vraiment uni. Le seul inconvénient, c’est que la belle maman avait un caractère un peu particulier.
Elle aimait trop se mêler de l’intimité de notre couple. J’ai tenté, à plusieurs reprises, de la ramener à la raison, en vain. Elle nous empoisonnait littéralement la vie, même après la naissance de notre petit garçon Adam. Un jour, j’ai décidé de mettre un terme à notre vie conjugale, même si cela n’entrait pas dans mes convictions. J’ai gardé mon enfant. Ensuite, j’ai refait ma vie avec une autre femme qui est cadre dans une banque. Elle s’occupe bien de mon enfant, comme si c’était le sien. Mon fils l’appelle d’ailleurs maman. »

Salima , une jeune de 28 ans, a cru avoir fait le bon choix en épousant l’homme qu’elle a aimé six ans durant, avant de vivre une cruelle désillusion.

« Je me suis mariée en 2019 avec un homme que j’aimais énormément. Après avoir donné naissance à notre fille, son comportement a changé. Il  se disputait quotidiennement avec moi. Il m’ignorait, passé des nuits loin de moi, et reprochait au bébé de pleurer tout le temps, l’empêchant de dormir le soir. Il  s’enfuyait au salon et parfois j’allais chez ma mère durant la maternité. Il  ne m’aidait, me faisait des reproches tout le temps, alors que je faisais tout à la maison avec un bébé dans les bras. Tout est devenu intenable durant une année où j’ai senti que j’ai vieilli de 20 ans», raconte-t-elle, expliquant que le divorce pour elle a été une délivrance même si c’est difficile pour une femme de divorcer en Algérie en ayant aussi un enfant à élever.

Hamid, 42 ans, raconte de son côté qu’il a connu sa femme sur Facebook. Tout semblait bien démarré entre eux mais une fois les exigences de sa femme commencèrent qu’il s’est rendu compte que “quelque chose n’allait pas”, disait-t-il. «Elle était dépensière, elle achetait tout ce qui est cher et c’est moi qui payait la note alors qu’elle avait un meilleur salaire que le mien», a-t-il confessé ajoutant que son épouse lui cherchait la petite bête pour déclencher une dispute alors qu’ils logeaient dans le domicile familial, me causant une gêne quotidienne devant ma famille .

«Je n’ai à ce jour pas compris pourquoi elle m’a épousé si notre quotidien était fait de bagarres et d’insultes alors que dieu m’est témoin j’ai une famille adorable qui a tout fait pour la mettre à l’aise », a-t-il ajouté. Le couple a divorcé, à l’amiable, après une année de mariage.

Les causes du divorce sont nombreuses dont l’incompatibilité entre le couple, les ingérences de la belle famille, les violences conjugales, les relations extraconjugales, la promiscuité, la stérilité et l’alcoolisme.

On peut résumer les causes du divorce à deux facteurs principaux, à savoir ceux liés, selon les spécialistes, aux questions endogènes, c’est-à-dire émanant de l’intérieur même du couple, et les causes exogènes, celles relatives à l’influence du milieu sociétal et environnemental. Il convient enfin de noter que le divorce engendre des traumatismes dangereux pour les enfants.

Rude épreuve pour les uns, délivrance pour d’autres.

« Pas moins de 68 000 cas de divorce sont recensés chaque année, soit un divorce toutes les huit minutes », s’est alarmé le chef du comité algérien de l’Union international des avocats (UIA), Faissal Driouèche. Rude épreuve pour les uns, délivrance pour d’autres. Le phénomène du divorce en Algérie tend à se banaliser, enregistrant une augmentation alarmante d’environ 7% par an, avec une durée de mariage de plus en plus courte. En effet, M. Driouèche tire la sonnette d’alarme face à l’ampleur que connaît le phénomène inquiétant du divorce et sa banalisation en Algérie.

Le juriste poursuit en avançant que les chiffres cités auparavant font froid dans le dos.

Faissal Driouèche précise, à ce propos, que les séances de conciliation initiées par les juges en vue de réconcilier les couples aboutissent, dans la majorité des cas, à un échec.

Dans le même sillage, le chef du comité algérien à l’UIA estime que la justice algérienne devrait se doter d’un service spécialisé en psychologie afin de lui déléguer la mission de conciliation des conjoints menacés par la séparation. Ce service, selon Faissal Driouèche, examinerait les cas dans des conditions sereines et tenterait de trouver des solutions adaptées aux conjoints.

Appel à une implication des psychologues et des sociologues

Les participants à un séminaire organisé, jeudi à l’Ecole supérieure de la magistrature (ESM) de Koléa, à Tipasa, portant sur le thème « La conciliation dans les affaires de divorce et son rôle dans la stabilité de la famille », appellent à impliquer des psychologues et des sociologues dans ces affaires pour préserver la structure familiale. Les recommandations émises à l’issue de ce séminaire soulignent notamment l’impératif, pour les juges des affaires familiales, de recourir à des spécialistes, assistants sociaux et psychologues, à chaque fois qu’il est nécessaire de résoudre des conflits familiaux.

Il est question également d’élargir le champ de la coopération entre les secteurs de la justice et de la solidarité nationale, de la famille et de la condition de la femme, de manière à préserver la stabilité familiale, notamment à travers « la coordination et l’exploitation de la plate-forme numérique des consultations familiales relevant du secteur de la solidarité nationale, ainsi que l’élaboration d’un guide commun sur les modalités et moyens de gestion des séances de réconciliation ».

Un intervenant a également appelé à l’ancrage de la culture du dialogue familial et l’implication de la société civile dans la réduction du phénomène du divorce, qui brise les familles.

Il convient de noter que la ministre de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition féminine, Kaoutar Krikou, a procédé à l’ouverture de ce séminaire, marqué par la présence du premier président de la Cour suprême, Taher Mamouni, et de la déléguée de l’Organe national de protection et de promotion de l’enfance, Meriem Chorfi.

La ministre, qui a assuré la disponibilité, au niveau de son secteur, de « plusieurs mécanismes et mesures opérationnelles pour préserver la stabilité familiale » a exprimé son engagement à aider les juges des affaires familiales pour réduire le phénomène du divorce et ses conséquences, qui menacent la stabilité de la société.

Mme Krikou a préconisé l’orientation, l’accompagnement et le soutien économique en tant que facteurs nécessaires pour la consécration de la stabilité familiale, parallèlement aux mécanismes mis en place par le secteur de la justice, à travers les séances de réconciliation, censées aboutir, pour la plupart, à la résolution des conflits conjugaux au lieu du divorce.

Pour sa part, le premier président de la Cour suprême a appelé les juges des affaires familiales et les élèves magistrats présents à ce séminaire à « consentir davantage d’efforts lors des séances de réconciliation en faisant appel à leurs compétences personnelles, mais aussi à des spécialistes pour traiter les raisons du divorce et les informer des nouveautés en cours dans d’autres organismes concernés ».

« Il est du devoir du juge des affaires familiales de trouver des solutions pour concilier les époux entre eux et leur éviter le divorce. Il est aussi tenu de renforcer cette médiation en leur assurant un accompagnement après la résolution du conflit », a-t-il ajouté.

Par Samia Acher / jeune-independant.

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