ALGÉRIE-MAROC Le doux leurre du roi Mohammed VI

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Les   signaux  cordiaux   à  l’adresse   d’Alger   et   les  invitations fraternelles lancées par  Mohammed  VI  s’apparentent  plutôt  à  des  vœux  pieux.  Ils  manquent cruellement de crédibilité.

Trois jours après le discours du roi du Maroc Mohammed VI, à l’occasion de la Fête  du  Trône,  l’Algérie,  qui  a  occupé  une  large  partie  de  l’intervention médiatique du souverain chérifien, ne réagit pas. Ignore-t-elle tout bonnement ce discours au ton voulu modéré et à l’apparence conciliateur ?

Tout porte à le croire. Et pour cause. Si dans la forme, le roi du Maroc a tenu un discours qui appelle à l’apaisement des relations algéro-marocaines et au retour aux usages de la bienséance, dans le fond, aucun acte fort ne vient donner de la consistance aux vœux et aux aspirations prononcés par le roi, invitant le président Abdelmadjid Tebboune à “œuvrer à l’unisson au développement des rapports fraternels tissés par les deux peuples durant des années de lutte commune”.

De plus près, le discours du roi, par ailleurs largement commenté par la presse locale marocaine, algérienne et même internationale, s’apparente à un exercice de style auquel Mohammed VI s’est adonné, non sans difficultés. Il s’est plusieurs fois trompé en lisant dans son texte et paraissant, d’autres fois, hésitant devant ses mots.

Les signaux cordiaux à l’adresse d’Alger et les invitations fraternelles lancées par Mohammed VI restent donc des vœux pieux. Sans plus. Un exercice dont se serait volontiers passé le roi himself n’était, sans doute, la conjoncture actuelle où les deux pays frôlent la rupture totale. Difficile, de ce point de vue, de croire que le voisin de l’ouest veuille abandonner sa stratégie de tension permanente entretenue et dirigée contre Alger.

Bien au contraire, Rabat ne s’est jamais montré aussi hostile envers Alger, redoublant, ces dernières semaines, attaques et dérives à la seule fin de nuire à l’Algérie, objet de fixation permanente du Maroc. Récapitulons. Le 13 juillet dernier, l’ambassadeur de sa majesté le roi, à l’ONU, s’est fendu d’une “note diplomatique” aussi hallucinante que dangereuse.

Lors d’une conférence des pays non-alignés, à New York, le représentant marocain à l’ONU a invité, dans cette note, les autres pays à soutenir “l’autodétermination” du “peuple kabyle” qui, prétendument, subirait l’une des “plus vieilles colonisations en Afrique”.

Pour ubuesque qu’elle soit, et dénuée de tout sens, il n’en reste pas moins que dans les relations régissant les Etats, il s’agit ni plus ni moins que d’un appel à “sédition”, dans un pays voisin de surcroît.

Sur cette grave dérive, Mohammed VI ne prononcera mot dans son discours, dont 40 minutes ont été consacrées à l’Algérie. Le roi du Maroc aurait pu présenter des excuses. Une semaine à peine après cet épisode, on découvre avec effarement que Rabat avait mené, entre 2017 et 2019, une vaste opération d’espionnage contre plusieurs pays et dont l’Algérie serait une des principales cibles.

Le 20 juillet dernier, le quotidien Le Monde et Amnesty International ont révélé que le royaume chérifien a espionné, avec le logiciel israélien “Pegasus”, les téléphones de pas moins de 6 000 Algériens, dont des téléphones appartenant à des hauts cadres d’Etat, des hauts gradés de l’armée ou encore ceux d’acteurs de la scène politique et des journalistes. Des révélations qui ont eu l’effet d’une bombe. Un acte d’une extrême hostilité que d’aucuns ont qualifié d’ailleurs d’“acte de guerre”.

Une opération qui sera d’ailleurs largement condamnée par plusieurs pays ayant subi le même préjudice. Alger, dans une réaction officielle, au lendemain de ce scandale, s’est dit se “réserver le droit de riposte”. Une attaque sur laquelle le roi du Maroc aurait pu également s’exprimer dans son discours. Il aurait fait amende honorable en s’excusant et en donnant ainsi à sa “main tendue” la crédibilité qui lui manquait.

On a beau affirmer donc que “les deux peuples se complètent comme deux jumeaux”, ou que le Maroc et l’Algérie sont soudés par des liens de “fraternité qui remontent à la lutte commune contre le colonisateur”, les relations entre Etats resteront régies par des actes forts et concrets. Et sur ce plan justement, rien n’indique que le royaume est prêt à aller sur la voie de la consolidation d’une relation apaisée.

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