Août 2021-Août 2022 : Il y a une année, l’été de braises

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Les incendies dévastateurs en Kabylie, qui a été dramatiquement touchée en pertes humaines et en dégâts considérables, ont traumatisé l’Algérie entière durant ce mois d’août 2021. Les blessures se cicatrisent, la douleur est encore vive pour que nul n’oublie. Pour que la tragédie d’hier nous serve de leçon aujourd’hui et demain.

PAR INES DALI
Un an est passé depuis l’inoubliable tragédie de Tizi Ouzou. La wilaya était la proie des flammes meurtrières qui, en quelques heures, ont ravagé population et végétation. Les incendies ont commencé vers la mi-journée du 9 août et quelques heures à peine ont suffi pour qu’à la tombée de la nuit, la wilaya toute entière devienne un véritable brasier.


Un brasier tel qu’il était devenu difficile de s’en extraire. Des milliers de personnes dans les villages étaient cernées par les flammes, ne sachant comment se déplacer ni où aller pour y échapper, et sauver leur vie et celles de leurs familles.


Les incendies de cet été 2021 resteront un épisode à jamais gravé dans les mémoires. Jamais la force du feu ne s’est montrée aussi ravageuse dans cette wilaya connue pour ses grandes forêts et son vaste couvert végétal, réduits en cendre après le passage dévastateur du feu.


Les incendies étaient d’une ampleur telle qu’on aurait dit des scènes sortant tout droit d’un film d’horreur, avec effets spéciaux. Pourtant, ce n’était rien de tel, les scènes apocalyptiques n’avaient nul besoin de subterfuge de montage. Elles étaient bel et bien réelles. Les réseaux sociaux n’ont cessé de diffuser les scènes marquant les événements de cette nuit cauchemardesque qu’a vécue la population de cette wilaya. L’ensemble des Algériens ont suivi avec la plus grande inquiétude l’évolution de la situation qui, au lieu de s’améliorer, allait de pire en pis. Les scènes montraient les flammes ravageant les maisons, les arbres, les animaux et menaçant la population. C’était l’horreur. Il a fallu plusieurs jours pour venir à bout de ces incendies, cela d’autant que lorsque des foyers étaient éteints, ou du moins maîtrisés, d’autres se déclaraient encore, ailleurs. De mémoire tizi-ouzouiène, jamais de tels incendies ne se sont produits chez eux. Ce fut un véritable drame que les citoyens ont vécu ; des scènes horribles montrant des gens courant dans tous les sens, essayant de sauver les personnes âgées, les enfants et toute autre personne se trouvant sur leur passage.


Les moyens de lutte contre ces énormes et nombreux incendies à Tizi Ouzou se sont révélés insuffisants. La Protection civile de cette wilaya a été très vite dépassée, ayant commencé à éteindre les feux dès l’après-midi, aidée par la courageuse population locale qui a affronté les flammes avec les moyens dont elle pouvait disposer.

Des renforts sont également venus de la Protection civile des wilayas limitrophes, Bouira, Alger, Boumerdès et autres, de même que les éléments de l’Armée nationale populaire ont été dépêchés sur les lieux, comme cela est de coutume dans chaque catastrophe. Des citoyens lambda se sont également déplacés à Tizi Ouzou pour prêter main forte dans cette tragédie. Mais rien n’y fit. L’ampleur des incendies était telle que toutes les aides humaines et matérielles dépêchées n’ont pu venir à bout des flammes. Il a fallu une semaine avant que la situation soit un tant soit peu maîtrisée, les efforts conjugués des uns et des autres, villageois, volontaires d’autres wilayas, chacun avec les moyens de lutte dont il dispose, n’ayant pas suffi. La précarité s’était très vite installée dans la wilaya, une bonne partie de sa population ayant tout perdu.

L’élan de solidarité s’est très vite manifesté avec des Algériens qui ont afflué de toute part du pays. Les dons étaient de toute sorte, que ce soit en médicaments, en produits de lutte contre la Covid-19, en denrées alimentaires, en habillement, etc. Les aides étaient telles qu’un jeune de Tizi Ouzou a fini par dire que cela suffirait «pour des années !». Il va sans dire que des renforts en personnel médical et paramédical ont été dépêchés des hôpitaux des autres wilayas du pays, de même que des médecins et infirmiers volontaires s’y sont rendus.

La famille Bensmaïl, dignes de père en fils
C’est ainsi qu’un semblant de calme était revenu. Mais non sans douleur. Car entre-temps, des vies humaines ont été perdues, parmi les citoyens et parmi les éléments de l’ANP. 78 personnes de la wilaya ont trouvé la mort, la plus grande partie ayant péri dans les incendies et d’autres ayant succombé à leurs blessures après avoir été évacuées à l’hôpital des grands brûlés de Douéra, selon le bilan présenté par le wali de Tizi Ouzou en septembre 2021. Ce lourd bilan en pertes humaines n’inclut pas les victimes militaires dont le nombre s’élève à 24, selon le ministère de la Défense nationale.


Il y a eu également une autre victime lors de cette période d’incendies ravageurs. Il s’agit du jeune artiste peintre Djamel Bensmaïl, de la wilaya d’Aïn Defla, qui s’est rendu à Tizi où il comptait beaucoup d’amis, pour «aider mes frères», a-t-il dit avant sa mort. Il a été assassiné par une horde de furieux le 11 août 2021 à Larbaâ Nath Irathen, juste parce qu’une voix anonyme s’était élevée dans la foule l’accusant de pyromanie.
Il a été brûlé vif et traîné sur une centaine de mètres alors qu’il était encore vivant pour le donner «en exemple à toute personne étrangère à Tizi Ouzou qui viendrait y mettre les pieds», a affirmé l’un des auteurs du meurtre en direct sur une vidéo qu’il a diffusé sur les réseaux sociaux. Les Algériens, y compris de la région de Kabylie avec à leur tête les habitants de Larbaâ Nath Irathen, ont tous condamné ce crime odieux, injustifiable. Un crime d’une telle horreur qu’il aurait pu avoir des conséquences aussi dévastatrices que les incendies, n’était la sagesse du père de Djamel Bensmaïl qui a appelé au calme, avant toute autre personne, face à certains autres appels à la «vengeance» d’on ne sait qui.


Dans cette affaire sordide et condamnable, 102 personnes ont été arrêtées. Le procès des accusés était programmé pour le 19 juillet avant d’être renvoyé pour la prochaine session criminelle en septembre. Les accusés ont avoué leur forfait. Et d’ailleurs, comment auraient-ils pu le nier puisque les vidéos ayant immortalisé les horribles scènes de lynchage ont été largement partagées sur les réseaux sociaux. Les vidéos ont été filmées non seulement par les citoyens lambda se trouvant sur les lieux, mais par ceux-là même qui ont commis l’inqualifiable crime et qui se sont aussi filmés en plein délire. Il s’en trouve même parmi ceux qui ont accompagné leur vidéo par des commentaires qu’il est indécent de reprendre, par respect pour la mémoire de Djamel Bensmaïl et sa famille. Par respect pour son père qui a su faire preuve d’une retenue exemplaire malgré l’incommensurable douleur lui transperçant le cœur. Du courage, il en avait à revendre, tout accablé qu’il était par la perte de la chair de sa chair. Son sens de patriotisme a été salué par l’ensemble des Algériens, les premiers étant les dignitaires de Larbaâ Nath Irathen qui se sont rendus chez lui, à Aïn Defla.

Hommages et recueillements
Un an après, la région de Kabylie panse ses blessures et la vie reprend ses droits. Pour autant, cela ne veut nullement dire que l’épisode de l’été 2021 est oublié. Plusieurs villages de Tizi Ouzou ont rendu un vibrant hommage aux victimes des incendies. Les villageois se sont déplacés en masse aux cimetières pour se recueillir sur les tombes de leurs enfants, père, mère, frère, sœur, ami ou encore voisin qui ont péri dans les flammes.


Le traumatisme qu’ils ont vécu n’est certainement pas dépassé et le moindre incendie, à Tizi Ouzou ou dans une autre wilaya, les rappellera au souvenir de cet été noir. Perdre les siens dans de telles circonstances ou même avoir à vivre une situation telle que celle qu’ils ont dû subir ne s’efface pas du jour au lendemain. Cela laisse des traces indélébiles qu’il va falloir apprivoiser et espérer qu’elles s’estomperont avec le temps.


En attendant, les citoyens de Tizi Ouzou ont redonné vie à leur région. Les agriculteurs ont repris le travail de la terre, la plantation de milliers d’arbres fruitiers pour remplacer ceux qui ont été calcinés, outre les opérations de reboisement des forêts. Les festivités ont également repris avec la célébration de mariages, de baptêmes…


En somme, une vie normale avec, en plus, les leçons apprises. Les autorités ont également appris la leçon, en mettant plus de moyens de lutte contre les incendies pour parer à toute éventualité, la vigilance et la prévoyance étant de mise, surtout que les étés deviennent de plus en plus chauds. Des moyens qu’on voudrait encore plus nombreux et diversifiés et, surtout, plus efficaces et afin de ne pas voir se reproduire le scénario catastrophe de l’été 2021.

Reporters

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