Benjamin Stora : « Très difficile de fabriquer du consensus sur la guerre d’Algérie »

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l’occasion des soixante ans des accords d’Evian mettant fin à la guerre d’Algérie, Ouest-France publie un hors-série intitulé France et Algérie : comprendre l’histoire, apaiser les mémoires. Ce hors-série revient sur l’histoire commune de la France et de l’Algérie et les initiatives pour apaiser les mémoires des deux côtés de la Méditerranée.

A cette occasion, l’historien Benjamin Stora nous a accordé un entretien. Spécialiste de l’histoire de l’Algérie, il est également l’auteur d’un rapport, remis en janvier 2021 au président Macron, sur Les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie .

Selon l’historien Pierre Nora, « l’histoire rassemble, la mémoire divise ». Pourquoi alors, le travail des historiens a-t-il tant de mal a rassembler les mémoires sur la guerre d’Algérie ?

Le travail des historiens est considérable sur la guerre d’Algérie. À la fin des années 1990, j’avais recensé près de 3 000 ouvrages. Pourquoi est-ce si difficile ? Parce que, déja, l’Algérie n’était pas une colonie française comme les autres. Contrairement au Maroc, a la Tunisie, au Sénégal ou a l’Indochine, c’était des départements français, une partie du territoire national.

La fin de l’Algérie française a été ressentie comme une amputation d’une partie de la France, réduite ainsi a l’Hexagone. Ça a ouvert une crise du nationalisme français.

La cohabitation entre les communautés dans l’Algérie française n’a pourtant jamais été réelle…

Il y avait les drapeaux, le kiosque a musique, les allées bordées de platanes, la mairie en face de l’église. On avait l’illusion de vivre dans une petite France reconstituée, mais avec un problème central. C’était a la fois la France et pas la France puisque la majorité, les Français musulmans, n’avait pas les mêmes droits que les citoyens français. On vivait dans une sorte de théâtre, de fiction.

Les gens vivaient dans le même espace mais avec aussi une différenciation sociale forte. D’ailleurs, les citoyens français de plein droit n’avaient pas forcément une situation sociale supérieure aux gens de la Métropole. Beaucoup de pieds-noirs étaient pauvres. C’était assez incroyable et paradoxal, d’où la complexité de la situation.

Echoroukonline

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