Chargée d’histoire et une belle promesse d’avenir Batna: la reine des Aurès

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Aussi ancestrale qu’elle fut, la wilaya de Batna est la terre des ancêtres qui ont façonné son passé qui veille aujourd’hui, sur son présent.

C’est une région unique en son genre dans tout le centre-est du pays. Avec un patrimoine historique, identitaire et culturel, Batna est une jonction entre les temps, dont le legs chargé d’histoire hérité des ancêtres, témoigne d’un présent qui oeuvre à la préservation d’un passé antique de plus de 10 siècles. Tout en conservant les principaux traits de son architecture amazighe authentique, Batna s’est lancée dans la modernisation à travers la réalisation de nouvelles cités, avec le respect de l’intimité des foyers, conformément aux valeurs de la société locale. La ville de Batna, de son vrai nom Bathna, a été créée sur décret du 12 septembre 1848 signé par Napoléon iii. Située à la croisée des axes de Biskra, Tébessa, Sétif et Constantine, cette position jugée stratégique, par la commission consultative siégeant à Constantine, avait décidé de faire de Batna une future ville. Mais avant cela, Batna existait déjà dans le temps et l’Histoire.


La région de Batna faisait partie de la Numidie et des premiers royaumes indépendants berbères comme en témoigne le monument de Madracen, non loin de la ville. La vallée dans laquelle est installée la ville de Batna faisait jadis partie d’un territoire sous la domination de la vieille ville romaine de Lambèse. Les effets du temps et de l’érosion, notamment des pluies et des glissements de terrain, ont peu à peu conduit à l’enfouissement de la ville romaine de Batna et d’une bonne partie des vestiges de la ville de Lambèse, appelée aujourd’hui, Tazoult. La vallée était habitée par des Berbères chaouis, un groupe ethnique d’origine algérienne, occupant le massif de l’Aurès, dont les tribus berbères étaient propriétaires des terres de cette vallée où il y avait des lieux saints.


Batna est l’une d’entre plusieurs vallées habitées par d’au-tres tribus, liées en dehors des attaques, par le commerce. La vallée de Batna était un point de transit pour les gens qui passaient par Batna pour aller à Constantine. Ils venaient également de Khenchela, d’Arris, de Menaâ, de Biskra entre autres. Plusieurs zaouïas étaient, à cette époque, des lieux de visite mystique, de culte des saints. C’est pour dire que la ville de Batna existait bien avant la colonisation française. C’est une ville ancrée dans le temps et dans l’espace avec, un patrimoine identitaire remontant à des dizaines de siècles. Capitale des Aurès, Batna pendant la guerre de Libération nationale, était le bastion de la résistance militaire nationale.


À contempler les majestueux monts des Aurès, on a l’impression d’entendre l’histoire chuchoter à voix basse à notre oreille:
«Je suis les Aurès qui ont contraint l’armée coloniale à battre en retraite. Dieu, comme c’est émouvant de sentir ces montagnes battre du coeur de nos valeureux chouhada. Cette ville par le passé qui était une vallée habitée par des tribus, qui a donné par un passé pas si lointain des contingents de martyrs à la grande guerre d’Algérie, pour vivre, aujourd’hui, une indépendance hautement méritée.

Le noyau d’une vie économique
Culminant à 1058 mètres d’altitude, l’ancienne Batna est devenue un centre de population pour se transformer peu à peu en carrefour incontournable de la région est du pays. Les populations de plusieurs wilayas ont convergé vers cette ville où, le développement ayant connu un grand essor, l’a transformée en une ville cosmopolite. De l’antique vallée plate dominée par les monts des Aurès et de Batna de l’ère coloniale, s’est harmonieusement érigée et agrandie avec l’indépendance, la sédentaire ville de Batna, telle qu’on la connaît aujourd’hui. Cette ville moderne n’a toutefois pas perdu de son aspect agricole, dont plus de 35% des terres sont réservées à la culture, le blé et l’orge en premier lieu. L’agriculture agro-alimentaire occupe un volume important dans le développement de la région. La daïra de N’Gaous distante de 31 km du chef-lieu de la wilaya de Batna est connue pour ses arbres fruitiers, l’abricot, notamment. L’abondance et la qualité du fruit sont devenues une spécificité de Batna où, une industrie de transformation a aussitôt évolué.

Pour notre grand bonheur, nous avons assisté au lancement de la campagne de récolte de l’abricot, qui a débuté à partir de la troisième semaine de juin. Au-delà de la récolte, l’abricot représente un événement particulier pour les Batnéens, qu’est la fête annuelle de l’abricot. S’étalant sur trois jours, elle réunit chaque année, des producteurs abricotiers de toutes les communes de la wilaya de Batna, qui exposent leurs produits et échangent leurs études sur les abricots (maladies, amélioration de la qualité du fruit).

Outre cela, la wilaya de Batna a aussi développé son secteur d’agriculture, notamment les légumes, qui ont, lors de la dernière décennie connu une large diversification. Or cette dernière n’a pas dérogé à la règle, puisque, la spéculation et le diktat des mandataires et des commerçants, sont similaires à ceux des autres grandes villes du pays. Si l’agriculture tient une place prépondérante dans l’économie locale de la wilaya, l’industrie est également un secteur important où, activent des dizaines d’opérateurs économiques. Affiliés pour la plupart à la Chambre de commerce et de l’industrie des Aurès (CCI), les activités des acteurs économiques de la wilaya de Batna, s’articulent autour de bon nombre de secteurs, dont entre autres, l’agroalimentaire, les boissons en tous genres (jus), la semoule, les pâtes, la conserverie de fruits, notamment et l’emballage. Le développement économique de la wilaya a été accompagné par l’évolution d’un réseau de transport conséquent.


Le réseau du transport de la wilaya a fait de Batna un important carrefour routier et ferroviaire du nord-est du pays. Disposant d’un grand nombre de structures de transport, dont l’aéroport international Mostefa Ben Boulaïd, situé à 35 km du chef-lieu de la wilaya, Batna s’est ouverte à toutes les destinations. La structure assure des dessertes reliant Batna à des villes françaises, dont entre autres Paris et Marseille. À l’instar des autres, grandes villes du pays, Batna est dotée d’un tramway qui a ajouté une autre beauté à la ville, avec la gare ferroviaire et une gare routière.

Une ville ouverte à toutes les dimensions
Cette dernière, dont les bus, se partagent le nord et le sud, pour le transport inter-wilayas de longue distance. Des dessertes peuvent aussi être assurées par les taxis collectifs inter-wilayas. La wilaya de Batna a aussi eu sa part du projet de l’autoroute Est-Ouest, qui joint actuellement Alger via El Eulma par la RN 77 et Annaba et Constantine par la RN 3. La densité du trafic routier de et vers les différentes villes de la wilaya de Batna, renseigne sur la dynamique du développement pluridisciplinaire, notamment en matière d’urbanisation. C’est un véritable boom que vit Batna depuis les deux dernières décennies. Sans se défaire de l’empreinte architecturale urbanistique de la région, la wilaya de Batna se caractérise, aujourd’hui, par ses nouvelles cités et quartiers huppés. En réalité, le respect du paysage dans l’urbanisation reflète l’harmonie des idées des concepteurs de cette région qui, même émergeant d’une vallée antique, a conservé le coeur battant de son histoire et son passé. Ce dernier est porteur d’une identité et d’une culture atypique mais surtout arabo-berbère.

Des traditions millénaires au coeur des Aurès
La wilaya de Batna, de par ses origines arabo-berbères, cumule un agenda de fêtes traditionnelles. Les deux importants événements que les Batnéens célèbrent chaque année sont le Nouvel An amazigh (Yennayer) et la fête de l’automne (Tkout). Cette dernière est une célébration qui se tient chaque année en fin d’été et au début de l’automne. La fête «Tkout» doit son nom à une petite localité mi-ville, mi-village, blottie au coeur même des Aurès, entre Batna et Biskra «Tkout» est une fête ancestrale de la région chaouie. Elle a été instituée par le roi Massinissa lui-même car on l’appelle aussi «Lam Ouguelid», qui signifie «Le marché du roi». Massinissa, qui a sédentarisé les nomades berbères en bâtissant les villes et en lançant l’agriculture, a créé ce marché pour célébrer la première gerbe de blé. Puisant son nom de la localité de Tkout, l’événement s’est transformé au fil du temps, en manifestation culturelle et économique, au cours de laquelle la rue principale de «Tkout» se ferme à la circulation automobile.


Les marchands et paysans producteurs prennent possession de tous les espaces disponibles et disposent leurs marchandises de part et d’autre de la chaussée, nous explique Si Achour, un paysan, habitué à cet évenement. «C’est une gigantesque foire où tout s’achète et se vend, sauf le commerce qui a pris la place du troc», raconte l’homme avec beaucoup de fierté. «Cette pratique commerciale a disparu et les pasteurs des tribus des autres plaines aurésiennes ont converti le troc avec les négociations contre la monnaie» a déploré l’homme. Toutefois, même avec l’évolution galopante, Tkout a abrité toujours cette fête ancestrale, car, située en plein coeur des Aurès, elle marque la frontière naturelle entre l’Aurès est et l’Aurès ouest. De par sa position stratégique au milieu du grand massif des Aurès, Tkout assure la jonction entre les Hauts-Plateaux, grands pourvoyeurs de moutons et de céréales, où la montagne assure les fruits et les légumes et le Sahara lui fournit l’incontournable datte au régime des rudes montagnards. Tkout est une brèche ouverte sur tous les pics montagneux des Aurès où, le désert lui est proche. Nichée à 996 mètres d’altitude Tkout outre la vue qu’elle offre sur les monts, tels Chélia, Adrar n Zalatu, le pic d’El Mehmel, le mont Bouziza à Khenchela et la forêt de Kimmel, la plus grande forêt d’Algérie qui s’étend sur les wilayas de Batna, Biskra, Khenchela et même Tébessa, c’est un coucher de soleil sublime qu’elle offre à ses visiteurs.


Au-delà de son aspect naturel, culturel et économique ancestral, Tkout était, depuis Massinissa, le bastion de la résistance militaire nationale. Elle a donné avant l’indépendance des contingents de martyrs à la grande guerre de Libération nationale.
L’autre fête célébrée chaque année, c’est Yennayer qui a toujours été et reste encore, une tradition ancrée dans l’histoire de l’Algérie. La célébration de Yennayer pour les Batnéens, est une tradition ancestrale, avec ses valeurs et sa dimension actuelle en tant que socle de l’unité et de la cohésion nationales. Il faut reconnaître qu’à l’ère de cette mondialisation effrénée, Batna a su conserver jalousement sa culture amazighe, qui, puise sa philosophie de l’amour de la terre nourricière et consolide le sentiment d’appartenance à la patrie. Puisqu’il est important de rappeler que, le calendrier amazigh est l’un des premiers qu’a connu l’humanité, plus ancien même que les calendriers égyptien et romain. Ces deux fêtes et bien d’autres sont le titre d’un livre de tourisme, dont la wilaya de Batna se réjouit de détenir à l’ombre des monts et pics des Aurès.

Une région à visiter sans regret
Capitale des Aurès, Batna est une ville touristique et culturelle. Batna région montagneuse est riche par ses sites naturels et son histoire qui remonte à des millénaires. Elle est une destination favorite des touristes nationaux et internationaux qui viennent pour découvrir des sites touristiques de renommée mondiale, dont le magnifique site de Timgad. Il s’agit de la cité antique romaine, surnommée la Pompéi de l’Afrique du Nord et classée patrimoine mondial par l’Unesco. Au-delà de ce musée grandeur nature, Batna dispose d’autres vestiges antiques, dont Lambèse avec une architecture impressionnante, remontant à l’an 128 avant J.-C. La magnifique vallée de l’oued El Abiod à Rhoufi avec ses vallées, ses ruines et ses rivières, est l’autre joyau de Batna, avec le mausolée Medghassen qui fait partie de plusieurs autres mausolées berbères de forme pyramidale. Sans pour autant oublier le canyon de Rhoufi, un site à la fois naturel et archéologique façonné par Dame nature et l’ingéniosité humaine à l’image de la forteresse Bellezma et le grenier Igelfen de Tigharghar et de Baloul entre autres vestiges composant le patrimoine historique, identitaire de cette wilaya aux mille et une année de son existence, qui ont fait de la wilaya de Batna, une ville touristique par excellence

lexpressiondz / Wahida BAHRI

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