Emigration clandestine : Vers des paradis… artificiels

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Les traversées clandestines par mer continuent d’endeuiller des centaines de familles brisées par la fin tragique de leurs enfants souvent victimes de réseaux criminels et de traite humaine proposant un prétendu eldorado. Ce fléau qui touche de nombreux pays dans le monde semble résister à toutes les solutions tentées jusqu’à l’heure.

En Algérie, l’un des pays parmi les plus touchés par ce phénomène, des efforts à tous les niveaux continuent d’être déployés pour faire cesser la traversée de ces embarcations de fortune en Méditerranée. A Oran, à l’instar des autres wilayas les plus touchées par le phénomène de la «harga», les différents services de sécurité et de l’exécutif conjuguent leurs efforts et agissent conjointement pour lutter contre l’émigration clandestine. Outre le démantèlement des réseaux de passeurs, ces actions concernent le recensement de tous les revendeurs de bateaux de pêche et de plaisance, de moteur et les chantiers navals. Les instances compétentes mènent sans relâche des enquêtes approfondies pour démanteler les réseaux de passeurs afin de préserver la vie des personnes. L’émigration clandestine par mer est un phénomène complexe aux conséquences tragiques et terrifiantes à la fois. En effet, les récits de certains rescapés témoignent du danger de ces «voyages» à bord d’embarcations de fortune. «La Méditerranée s’est transformée en cimetière» raconte l’un d’eux. Alors que les corps de certains migrants sont rejetés par la mer, d’autres disparaissent sans laisser de traces… Parmi eux, des femmes et des enfants. Un véritable drame humain. A ce propos, les participants à un colloque organisé par un laboratoire des droits de l’enfant, en collaboration avec la faculté de droit et des sciences politiques de l’université d’Oran 2 Mohamed-Ben Ahmed, ont tenté de comprendre les facteurs à l’origine du phénomène de la migration clandestine de l’enfant et les mécanismes juridiques à mettre en place en vue de protéger et prendre en charge les enfants mineurs qui se retrouvent parfois malgré eux dans un mouvement migratoire illégal.

La société interpellée

Pendant deux jours, les intervenants à ce colloque, représentant principalement des pays du Maghreb, la France et le Liban, se sont penchés sur la question, en particulier sur les dangers résultant de ce phénomène qui tend à s’accroître et prendre des proportions alarmantes ainsi que sur les parties responsables de la prolifération de la migration illégale involontaire parmi les mineurs et les enfants. Selon l’un des conférenciers, ce fléau ne se limite plus aux adultes et la question interpelle à la fois les gouvernements des pays d’accueil et de départ ainsi que la société civile, car dit-il, l’enfant qui se trouve, malgré lui, dans une situation de «réfugié» ou de migrant clandestin, est confronté à d’autres dangers, parfois pires… D’autres rencontres similaires sur les risques de l’émigration clandestine sur la jeunesse ont été organisées à Oran avec la participation d’associations, d’universitaires et de l’exécutif intervenant dans des affaires sociales et des représentants des directions des affaires religieuses. Ces initiatives visent essentiellement à sensibiliser les jeunes sur les risques de ce phénomène qui a pris l’allure d’un cauchemar pour de nombreuses familles algériennes et sur l’apport de la société et du mouvement associatif dans la lutte contre l’émigration clandestine. Il faut savoir par ailleurs qu’il existe à Oran et dans d’autres wilayas des cellules d’écoute et d’orientation composées de sociologues et de psychologues qui prennent en charge les candidats à l’émigration clandestine.

Amel Saher

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3.000 migrants portés disparus entre 2007 et 2021 à Annaba : La Méditerranée, un cimetière flottant

Des départs de harraga vers la rive nord de la Méditerranée sont signalés de temps à autre à Annaba par les familles des candidats à l’émigration clandestine et leurs camarades de quartier. Les points de départ de ces harraga sont les plages de Sidi Salem, Ain Achir, Oued Begrat et celles de Chétaïbi à l’ouest de la ville et d’El Battah (El Tarf). Les départs des candidats à l’émigration clandestine ont lieu le plus souvent à la faveur de conditions climatiques favorables. Pour la seule journée du 11 mai dernier, l’on dénombre neuf embarcations de fortune qui ont pris le large à partir des plages d’Annaba, d’El Tarf et de Skikda. L’une de ces embarcations parties d’Annaba a chaviré au large. Deux des harraga originaires de la commune d’Annaba qui étaient à bord de celle-ci ont péri et leurs corps ont été rejetés par la mer à Chetaïbi. Quant aux autres, ils sont portés disparus. Les corps des deux jeunes retrouvés au lieu-dit Kef Omar à 3 km de la plage Les sables d’or, âgés de 35 et 53 ans, ont été identifiés par leurs proches. Si quelques-uns arrivent à bon port, si l’on peut dire, d’autres connaissent des difficultés et certains périssent avant même d’atteindre leur destination. Des parents sont soulagés lorsqu’ils apprennent que leurs enfants sont arrivés sains et saufs et parfois les encouragent à prendre le large en leur payant les frais de la traversée. D’autres vivent un calvaire parce que sans nouvelles de leurs enfants partis sans les avertir. Il convient de souligner les efforts inlassables de la gendarmerie et de la sûreté nationale qui ont réussi à démanteler plusieurs réseaux spécialisés dans l’organisation des départs clandestins et à arrêter des passeurs. Des centaines d’embarcations ont été détruites ainsi que des ateliers de fabrication de ces embarcations de la mort lors des interventions de la Gendarmerie nationale, notamment à Chetaïbi. Cela n’a pas empêché le phénomène de l’émigration clandestine vers la rive nord de la Méditerranée de continuer. Bien au contraire il a pris de l’ampleur. Plusieurs raisons sont à l’origine des départs massifs des candidats à l’émigration clandestine. Les uns sont à la recherche d’un niveau de vie décent, d’autres veulent avoir une situation sociale meilleure et un avenir radieux, selon les explications d’observateurs. Par ailleurs, entre 2007 et 2021, plus de 3.000 migrants cherchant à gagner l’Europe clandestinement sont portés disparus, selon le secrétaire national chargé de la communauté et des relations étrangères de la ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), Mahmoud Djenane. Certains parents pensent encore que leurs enfants sont toujours en vie dans des pays voisins .

B. Guetmi

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Béjaïa : Echec aux passeurs

Selon les informations recueillies auprès des cellules de communication de la sûreté de wilaya et du groupement territorial de la gendarmerie de Béjaïa, le premier semestre de l’année n’a enregistré aucune tentative d’émigration à partir des côtes est et ouest contrairement à l’année 2021 où deux réseaux ont été démantelés et 38 personnes arrêtées. Ainsi, la côte ouest, avec les plages de Boulimat, Oued Dass, Béni Ksila et Saket, est la plus favorable au phénomène de l’émigration clandestine, mais la présence des nombreuses patrouilles de la gendarmerie qui sillonnent tout le littoral a mis en échec les plans des passeurs. En janvier 2019, les services de police ont arrêté un individu de 31 ans impliqué dans 2 opérations d’émigration où 29 migrants ont été transférés de Béjaïa vers les côtes oranaises pour atteindre l’Espagne. En février 2021, les éléments du groupement de la Gendarmerie nationale de la wilaya ont démantelé un réseau spécialisé dans le passage de migrants clandestins au niveau de la plage d’Aït Mendil, commune de Béni Ksila, à l’ouest de Béjaïa avec l’arrestation de 22 candidats à l’émigration clandestine dont 5 passeurs et organisateurs de traversées clandestines originaires de Béjaïa, Alger, Jijel et Aïn Temouchent. Trois embarcations, du matériel et divers équipements ont été saisis lors de cette opération. La seconde tentative d’émigration clandestine a été enregistrée par les éléments du groupement de la gendarmerie en août 2021 et a abouti au démantèlement d’un important réseau de 16 personnes, dont une fille, originaires de Boumerdes et d’Alger, sur la plage de Béni Ksila. Parmi les membres de ce groupe, figurent sept passeurs qui avaient pour mission l’opération. Mais le drame de la journée du 17 décembre 2021, au cours de laquelle 23 jeunes natifs de Béjaïa, entassés dans une embarcation qui ont pris le large vers les côtes espagnoles et qui n’ont plus donné signe de vie, a laissé des parents tenaillés par l’inquiétude, qui ont frappé à toutes les portes pour connaître le sort de leurs enfants. A ce jour, aucune information n’existe sur le sort de ces malheureux.

M. Laouer

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Traversées clandestines par mer : Un grand danger payé cash

Mostaganem enregistre chaque année, notamment durant l’été où la mer est généralement calme en raison de conditions météo favorables, plusieurs centaines de traversées clandestines, dont plusieurs dizaines se terminent par des centaines de décès, car les petits bateaux de la mort n’arrivent très souvent pas à destination, plongeant des dizaines de familles dans la détresse et le deuil pour le restant de leurs jours. Les dangers de l’émigration clandestine sont donc multiples. Outre les dangers de la mer, aucun des candidats n’étant professionnel de la marine, des jeunes sont pourtant prêts à dépenser plusieurs millions de centimes pour mettre leur vie en danger. Une situation qui ne cesse de perdurer malgré les efforts du gouvernement pour l’éliminer ou tout au moins la limiter et ceux des associations et plus généralement de la société civile pour prévenir ce véritable fléau qui fauche notre jeunesse, quand bien même les instances dirigeantes font de la prise en charge des préoccupations légitimes de la jeunesse une véritable priorité.

De notre correspondante à Mostaganem Yamina Hamdoud / Elmoudjahid

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