Espagne : comment expliquer la pression migratoire autour de Ceuta et Melilla ?

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Près de 2 000 migrants africains ont essayé d’entrer vendredi 24 juin dans l’enclave espagnole de Melilla située au Maroc. Au moins dix-huit d’entre eux ont péri dans la bousculade. Depuis de nombreuses années, cette enclave, revendiquée par le Maroc, et celle de Ceuta sont le théâtre de pression migratoire et créent une crispation géopolitique importante entre Rabat et Madrid.

Une nouvelle crise migratoire et politique se dessine-t-elle entre Rabat et Madrid ? Près de 2 000 migrants africains ont tenté de pénétrer vendredi 24 juin par la force à Melilla, l’une des deux enclaves espagnoles situées sur la côte nord du Maroc. « Vers 6 h 40 (…) Un groupe important de personnes venant de pays d’Afrique subsaharienne, parfaitement organisé et violent, a forcé l’entrée et cassé la porte d’accès du contrôle aux frontières » avant d’entrer dans Melilla, a expliqué la préfecture espagnole. Selon un bilan fourni samedi par les autorités marocaines, au moins dix-huit migrants ont péri dans la bousculade.

Melilla est, avec la ville voisine de Ceuta, une des deux enclaves espagnoles situées sur la côte nord du Maroc, ce qui fait de leurs frontières les seules frontières terrestres de l’UE sur le continent africain. Les deux villes font face depuis années à des tentatives d’entrée de la part de milliers de migrants africains qui cherchent à rejoindre Europe.

Cet incident est le premier depuis la normalisation des relations intervenue mi-mars entre Madrid et Rabat après près d’un an de brouille diplomatique. Lors d’une conférence de presse à Madrid samedi, le premier ministre espagnol Pedro Sánchez n’a pas incriminé les autorités marocaines, soulignant que «la gendarmerie marocaine avait travaillé en coordination avec les forces de sécurité (espagnoles) pour repousser cet assaut ». «S’il y a un responsable de tout ce qui s’est produit à la frontière, ce sont les mafias qui se livrent au trafic d’êtres humains contre une ville qui est un territoire espagnol, a ajouté le Premier ministre socialiste. Par conséquent, il s’est agi d’une attaque contre l’intégrité territoriale de notre pays».

Enclaves revendiquées par le Maroc

Vestige colonial, ces deux enclaves sont revendiquées depuis de nombreuses années par le royaume Alaouite, ce à quoi Madrid s’oppose fermement, celles-ci étant dans le giron de la Couronne espagnole depuis plusieurs siècles. Les enclaves ont même acquis le statut de « villes autonomes » depuis 1995. Seule frontière terrestre entre l’Afrique et l’Union européenne, ces terres sont l’objet de dissension entre le Maroc et l’Espagne et sont régulièrement le théâtre de tentatives d’entrée de la part de migrants cherchant à rejoindre l’Europe.

En mai 2021 plus de 10 000 migrants avaient traversé en 24 heures l’enclave de Ceuta. Quelques mois plus tard, Melilla est à son tour le lieu de plusieurs tentatives d’entrée massives dont la plus importante jamais enregistrée dans cette enclave avec environ 2 500 migrants.

À l’époque, les deux pays se trouvent en pleine crise politique. Celle-ci a été provoquée par l’accueil en Espagne du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario, Brahim Ghali, en avril 2021 pour y être soigné du Covid-19. L’Espagne qui soupçonnait Rabat d’avoir relâché volontairement ses contrôles avait alors dénoncé un « chantage » et une « agression ».

« Chantage aux migrants »

Si aujourd’hui les deux États entretiennent de meilleures relations diplomatiques ce « chantage aux migrants » est régulièrement dénoncé par les exécutifs européens et les ONG. Début juin, le premier ministre, Pedro Sanchez, avait déclaré que l’Espagne « ne tolérerait pas » l’usage de « l’immigration clandestine comme arme de pression » , des propos qui avaient sonné comme un avertissement.

Une analyse partagée par les ONG présentes sur place. « Le Maroc ne doit pas utiliser les personnes, parmi lesquelles se trouvent ses propres citoyens, comme des pions sur l’échiquier politique », dénonçait Virginia Álvarez, un responsable d’Amnesty International Espagne.

Julie Richard (avec AFP)

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