États-Unis, Qatar, Norvège, Azerbaïdjan, Algérie… qui pour fournir du gaz à l’Europe ?

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Très dépendante des approvisionnements en gaz russe, l’Europe cherche à s’en affranchir. Les dirigeants politiques et les milieux économiques européens tentent de solliciter des contrats auprès d’autres pays producteurs depuis plusieurs mois, parfois même avant la guerre en Ukraine. Tour d’horizon de cinq pays qui tentent de profiter de la crise ukrainienne pour s’imposer comme des alternatives à la Russie dans les exportations de gaz vers l’Europe.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le Premier ministre italien Mario Draghi entreprennent cette semaine un voyage en Israël. Au-delà des considérations relatives à l’Ukraine et au Proche-Orient, il est question de coopération énergétique entre dirigeants européens et israéliens. L’État hébreu a découvert depuis le début des années 2010 qu’il disposait de réserves gazières au large de ses côtes, sans pour l’instant pouvoir les exporter vers l’Europe faute de gazoduc. Comme Israël, d’autres pays poussent leur avantage pour fournir du gaz au Vieux Continent dépendant du « chantage » énergétique russe, pour reprendre les mots d’Ursula von der Leyen.

Les États-Unis, affranchis du gaz russe
À la faveur de la révolution des hydrocarbures de schiste au début des années 2000, les Etats-Unis sont redevenus les premiers producteurs de pétrole et de gaz au monde. En position de force, les Américains ont pu décréter dès le mois de mars un embargo sur les hydrocarbures russes… dont ils dépendent très peu.

Devenus exportateurs de gaz naturel liquéfie (GNL), les Américains tentent d’en faire une arme géopolitique contre la Russie. Ils se posent vis-à-vis des Européens en fournisseur capable de compenser les livraisons russes. L’argument vise à les inciter à s’affranchir le plus rapidement possible des importations de gaz russe. Le président Biden a promis en mars de livrer 15 milliards de mètres cubes supplémentaires de gaz naturel liquéfié aux pays du Vieux Continent d’ici à la fin de l’année. Soit à peine 10% des exportations annuelles de gaz russe vers l’Union européenne.

« Les États-Unis ne sont pas en mesure de compenser l’arrêt des livraisons de gaz russe à l’Europe avec 15 milliards de mètres cubes supplémentaires. Il s’agit surtout d’un enjeu d’image. Ici, les Américains veulent passer pour des partenaires fiables vis-à-vis des Européens », analyse Thomas Pellerin-Carlin, directeur du Centre énergie de l’institut Jacques Delors.

Le Qatar, courtisé par les puissances européennes
Les réserves du petit émirat du Qatar en font un géant du gaz, objet d’un intérêt accru des puissances européennes depuis la brutale dégradation de leurs relations avec la Russie.

En mars, moins d’un mois après l’invasion de l’Ukraine, le ministre de l’Economie allemand Robert Habeck s’est rendu à Doha pour y sceller un accord énergétique de long-terme. Ce rapprochement porte notamment sur l’acheminement de gaz naturel liquéfié du Qatar dans les ports allemands afin de remplacer le gaz russe. En mai, l’émir qatari a entamé une tournée diplomatique à fort enjeu économique et surtout énergétique, étant reçu à Madrid avec tous les égards diplomatiques, à Londres, à Berlin et à Paris.

Car la France n’est pas en reste. TotalEnergies a signé ce dimanche un contrat pharaonique avec l’État du golfe persique portant sur l’exploitation du plus grand champ gazier du monde. D’ici à 2027, le Qatar compte augmenter sa production de gaz de 60%.

L’Algérie fait des appels du pied
Comme le Qatar, l’Algérie est courtisée en Europe en cette période de tensions avec la Russie. Les dirigeants algériens n’hésitent pas à proposer en retour leur gaz aux Européens. Le PDG du principal groupe pétrolier et gazier algérien Sonatrach a insisté en avril sur le fait que l’Europe reste le « marché naturel de prédilection » du gaz algérien qui pèse 11% des importations européennes grâce à un réseau déjà établi de gazoducs entre les deux rives de la Méditerranée.

« À court-terme, les Algériens n’ont pas de marges permettant de doper significativement les volumes des exportations. La flambée des cours leur permet en revanche d’augmenter leurs recettes. Leur consommation nationale de gaz, qui sert notamment à fabriquer de l’électricité, absorbe déjà une grande partie de leur production. En revanche, ils se servent du gaz pour pousser leurs intérêts géopolitiques », décrypte Thomas Pellerin-Carlin de l’institut Jacques Delors.

À ce propos, Alger a menacé l’Espagne d’interrompre ses livraisons de gaz si Madrid réexporte du gaz algérien vers le Maroc, privé depuis mars des fournitures en gaz de son voisin. Pour rappel, l’Espagne s’est rapproché de la position marocaine sur le dossier brûlant du Sahara occidental, ancien colonie espagnole, aux dépens de l’Algérie.

La Norvège, fournisseur historique et fiable
La Norvège fournit 20% du gaz importé en Europe, contre 45% pour la Russie. Conscient de son importance énergétique vis-à-vis des Européens, le pays scandinave a ajusté sa production pour compenser autant que possible la baisse des livraisons de gaz russe.

La Norvège favorise désormais l’exploitation de ses gisements de gaz plutôt que de pétrole. En termes d’infrastructures, l’unique usine de production de gaz naturel liquéfié norvégienne vient seulement d’être remise en service après le violent incendie de 2020.

Très attendu par les Polonais qui ne sont plus approvisionné en gaz russe, le gazoduc Baltic Pipe qui relie le réseau norvégien à la Pologne devrait être opérationnel cet automne. En dépit de cette mobilisation de son industrie, la Norvège avertit depuis mars que ses capacités de production et de livraison de gaz tournent déjà à plein régime. Et ne parviendront pas à remplacer, à elles seules, celles de la Russie.

L’Azerbaïdjan s’arrime à l’Europe
Le pays, qui dispose du gigantesque champ gazier Shah Deniz en mer Caspienne, a saisi l’opportunité des tensions entre l’UE et la Russie avant même l’éclatement de la guerre en Ukraine. Relié depuis 2020 à l’Europe par le gazoduc South Gas Corridor, l’Azerbaïdjan a proposé dès l’automne 2021 d’augmenter ses approvisionnements en gaz.

En visite à Bakou, la commissaire européenne à l’énergie Kadri Simson, en visite à Bakou en février, a qualifié le gazoduc de « stratégique pour la politique de diversification énergétique de l’UE ». La Grèce, la Bulgarie et l’Italie perçoivent déjà du gaz par cette infrastructure. Italiens et Azéris négocient d’ailleurs son extension sur le territoire italien. Il pourrait être raccordé au reste de l’Europe. A la clé, 10 milliards de m3 supplémentaires pourraient être acheminés chaque année.

… mais aucun partenaire suffisant pour remplacer la Russie
De nouveaux contrats pourraient bien être signés dans les mois à venir avec ces pays partenaires, du moins sur le plan énergétique. Pour autant, la perte du gaz russe ne sera pas remplacée si vite.

« Il ne sera pas possible de remplacer les 150 milliards de mètres cubes annuels acheminés de Russie en Europe par du gaz d’autres provenances », observe Patrice Geoffron, directeur du centre géopolitique de l’énergie et des matières premières (CGEMP) à l’Université Paris Dauphine-PSL. Selon ce spécialiste de l’énergie, « le tiers au maximum » de ce volume sera compensé à court terme par des approvisionnements alternatifs. Quelle solution dès lors pour l’Europe ? Patrice Geoffron s’accorde avec un autre expert de l’énergie, Thomas Pellerin-Carlin, sur la nécessité essentielle pour l’Union européenne de « réduire sa consommation » par davantage de sobriété et d’efficacité.

latribune / Paul Marion

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