Explosions nucléaires en Algérie: la reconnaissance de la responsabilité de la France demeure posée

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ALGER – La reconnaissance de la responsabilité de la France quant aux conséquences néfastes de ses explosions nucléaires en Algérie demeure posée, a déploré l’historien Fouad Soufi, plaidant pour l’accès aux archives françaises de l’Armée et des services de santé, liées à cet épisode de la colonisation.

Les conséquences des essais nucléaires sur la vie et la santé de la population algérienne du Sud continuent de poser « le problème de la reconnaissance de la France quant à sa responsabilité dans un événement aussi tragique », a déclaré à l’APS l’historien, la veille de la commémoration du 62éme anniversaire du 1er « test » de l’arme nucléaire de la France dans la région de Reggane (Adrar), baptisé « Gerboise bleue ».

« Néanmoins, je doute fort que reconnaissance signifie automatiquement indemnisation », a-t-il poursuivi, rappelant la politique de « deux poids, deux mesures » de la France vis-à-vis de l’Algérie et de la Polynésie française s’agissant de la question nucléaire, dont elle a consenti à reconnaître la responsabilité pour le dernier.

Mieux, le président Emmanuel Macron est allé jusqu’à évoquer une « dette » de son pays pour les essais réalisés entre 1966 et 1996 dans ce pays. Ce à quoi Mr Soufi tient à réagir: « Je ne peux que rappeler que la Polynésie est française alors que l’Algérie ne l’est plus depuis 60 ans, en plus des 132 ans d’occupation. Je veux dire que le peuple algérien n’a jamais accepté la présence française. J’ignore ce que souhaitent les Polynésiens, mais les responsables français, à mon humble avis, ne peuvent qu’accorder à des citoyens français les indemnisations, les excuses, etc ».

Et d’expliquer encore: « Qu’ils refusent cela à des citoyens d’un pays étranger, cela est odieux et conforte la politique du +deux poids deux mesures+ de la France à l’égard des Algériens », soutenant que la loi Morin, relative à la reconnaissance et à l’indemnisation des victimes des explosions nucléaires françaises « ne concerne pas les Algériens dès lors qu’il s’agit d’une loi française conçue pour les Français ».

M. Soufi a, en outre, posé « le problème des témoins qui ont presque tous disparu en Algérie, au moment où ne restent, en général, que les descendants des victimes qui, elles-mêmes, traînent de graves séquelles suite à ces explosions nucléaires ».

Et de faire observer que le second problème concerne l’accessibilité aux archives françaises de l’Armée et des services de santé relatives auxdites explosions, plaidant pour leur ouverture.

A la question de savoir si la prise en charge du dossier du nucléaire français en Algérie est tributaire du règlement du contentieux mémoriel entre les deux pays, le chercheur en histoire rétorque:  » Le contentieux mémoriel est une affaire autrement plus compliquée. Chacun de deux pays a droit à sa propre mémoire historique et rien n’est plus compliqué que le respect de la mémoire historique de l’autre ».

APS

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