LAÏD BENAMOR LORS DE SON PROCÈS HIER “J’ai pensé à me suicider”

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Outre  le  dossier  de  l’acquisition  du  complexe  agro-alimentaire de Corso, le groupe Benamor est également poursuivi pour de présumés transferts illégaux de devises à l’étranger et des surfacturations lors de l’importation de blé.

Ali BOUKHLEF / liberte-algerie

Après plusieurs reports, le pôle spécialisé du tribunal de Sidi M’hamed a ouvert, hier, le procès du groupe Benamor. Pour sa première comparution depuis son incarcération il y a de cela plus de 26 mois, Laïd Benamor, le patron du groupe éponyme, accusé de corruption et d’avoir perçu d’indus avantages, a eu du mal à s’exprimer. Face au juge, entouré d’une nuée d’avocats, le patron du groupe Benamor a perdu la voix. La gorge nouée, il avait du mal  à retenir ses sanglots. 

“En 40 ans d’activité, je n’ai jamais eu de problème avec personne. Jamais je n’aurais imaginé me trouver devant vous et encore moins aller en prison. Je suis tellement choqué que j’ai pensé au suicide.” Puis il revient au sujet. 

En 2012, l’État voulait trouver des partenaires privés pour sauver les minoteries publiques. Celle de Corso, à Boumerdès, était à l’arrêt depuis 2003. “J’ai entendu dire que l’État cherchait des partenaires pour les Eriad. Notre groupe a postulé”, a-t-il avancé niant tout favoritisme. Le groupe Benamor a signé un accord avec les Eriad d’Alger, qui gérait le site, pour un partenariat public-privé. Mais très vite, le patron privé commence à sentir l’arnaque. 

“Au début, on m’adit que je devais verser 137 milliards de centimes. Puis, c’est monté jusqu’à 260 !”. Et ce n’est pas fini. Il contracte un prêt bancaire et acquiert des machines pour une boulangerie industrielle de 500 000 baguettes par jour.

“Nous avons acquis du matériel pour 200 milliards de centimes. Nous avons rénové toute l’usine et les silos. Et un jour, on me dit que c’est fini !” Laïd Benamor raconte que “c’est la première fois, en 40 ans, que j’échoue dans un projet ! Jusqu’à présent, je ne sais toujours pas pourquoi !” Au juge qui lui demande pourquoi ce partenariat n’a pas abouti, Laïd Benamor réplique que c’est le groupe public qui l’a chassé sans explication.

“J’ai quitté en 2016. Le matériel que j’ai acquis est aujourd’hui stocké dans des conteneurs ! Je m’y suis cassé les dents et aujourd’hui, alors que je suis en prison, je continue toujours à rembourser mon prêt bancaire. Pis encore, l’entreprise est à l’arrêt !”, a-t-il fulminé.

Appelé à la barre, l’ancien ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Rachid Benaïssa, a nié être intervenu pour appuyer le groupe Benamor. Il a confirmé que l’État a cherché des partenaires à ces entreprises publiques et que pour l’usine de Corso, seul Benamor a postulé.

Et c’est “le Conseil des participations de l’État, que présidait le Premier ministre, qui a donné son accord”, a insisté l’ancien ministre qui dit que son rôle s’est limité à “informer le Premier ministre” de la proposition de l’Eriad Corso. Pour montrer sa bonne foi, il a rappelé que même “l’actuel ministre de l’Industrie, cherche des partenaires pour les entreprises publiques”. 

Un fait confirmé par l’ancien Premier ministre de l’époque. Sorti de l’hôpital il y a quelques jours après des problèmes cardiaques, Abdelmalek Sellal, amaigri mais ironique malgré tout : “Une peur que mon cœur s’arrête”, a expliqué qu’il n’a “fait qu’appliquer la loi” et ne s’est “jamais mêlé du dossier”.

Outre le dossier de l’acquisition du complexe agro-alimentaire de Corso, le groupe Benamor est, également, poursuivi pour de présumés transferts illégaux de devises à l’étranger et des surfacturations lors de l’importation de blé. Laïd Benamor et son frère, Mohamed El Hadi, actionnaire dans une société d’exportation de blé basée en Suisse, ont nié toute violation de la loi.

Au juge qui l’interroge sur le choix d’acheter, en France, du blé canadien dont le paiement s’est fait en Suisse, Laïd Benamor a répondu que ce sont les traders qui achètent du blé et qui disposent de comptes bancaires en Suisse. 

“Plus de 80% du blé canadien est vendu par des traders français”, a indiqué l’homme d’affaires qui a expliqué qu’il ne pouvait “jouer sur les prix, puisque le blé est un produit boursier”. 

Il a nié disposer de comptes bancaires à l’étranger. “Aujourd’hui, nous sommes en prison, mais Dieu merci, nos entreprises continuent de fonctionner grâce aux cadres que nous avons formés”, s’est-il félicité. Mais l’usine de Corso, elle, ne “tourne qu’à 20%”, ajoute-t-il.

Ali BOUKHLEF / liberte-algerie

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