LE PHÉNOMÈNE DE LA HARGA A LITTÉRALEMENT EXPLOSÉ 2021, l’année des naufragés

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Rien ne semble atténuer le désir de cet ailleurs sublimé par tous ces jeunes, femmes et parfois même des familles entières. Les images de ces Algériens entassés dans des embarcations de fortune en mer Méditerranée ne choquent plus. Le phénomène se banalise dangereusement.

L’année de la harga ! En 2021, le phénomène de la migration clandestine a littéralement explosé. De nombreux Algériens ont risqué leur vie dans la traversée de la mer Méditerranée, transformée, depuis quelques années, en un véritable cimetière pour les migrants. Il ne se passe pas une semaine sans que la presse rende compte de l’arrivée de dizaines, parfois de centaines de harraga sur la rive nord, l’Espagne particulièrement. Et le flux des embarcations de fortune qui tentent d’accoster sur les côtes européennes paraît interminable. Le phénomène s’accentue et se banalise dangereusement. Qui n’a pas vu ces images et ces vidéos de jeunes surexcités dans leur péniche qui s’approchent, enfin, du sol du Vieux Continent. Mais plus dramatique, qui n’a pas vu ces vidéos réalisées par ces jeunes en train de dériver en mer et que les gardes-côtes espagnols finissent par retrouver, pour les plus chanceux, après plusieurs jours, tandis que d’autres dériveront en mer pendant des semaines, avant d’être secourus ? Et la tragédie ne s’arrête pas là : d’autres, après leur départ, ne donneront plus aucun signe de vie comme ces 23 jeunes harraga qui ont pris la mer le 17 décembre dernier à bord d’une embarcation, depuis une plage de Béjaïa, et dont on est toujours sans nouvelles. Un véritable choc pour leurs familles, désemparées et ne sachant plus à quel saint se vouer. Pour terribles qu’elles soient, ces nouvelles ne semblent pourtant pas freiner ce phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur et touche toutes les catégories sociales. Rien ne semble atténuer le désir de cet ailleurs sublimé par tous ces jeunes, femmes, personnes âgées et parfois des familles entières.

Rien n’arrête plus ces “brûleurs” fuyant le mal du pays et rêvant de cieux plus cléments. Image révélatrice : en septembre dernier, parmi les 1 500 harraga ayant débarqué sur les plages espagnoles, un handicapé sur une chaise roulante. Et si ces derniers ont pu rejoindre la rive nord de la Méditerranée sains et saufs, beaucoup n’auront pas cette chance. Le Centre international pour l’identification de migrants disparus (CIPIMD) rend compte, régulièrement, de migrants algériens ayant péri en mer. Rien que cette semaine, les corps sans vie de sept personnes, au moins, ont été repêchés au large d’Arzew, alors que huit individus, dont une femme enceinte, ont été sauvés.  

Banalisation
L’Espagne, seule, a enregistré, durant les neuf premiers mois de 2021, le nombre le plus élevé de migrants arrivés sur son sol. Et parmi eux, les Algériens arrivent en tête. Ils sont suivis des Marocains et des Tunisiens. En effet, jusque début octobre, plus de 14 000 migrants clandestins algériens, marocains et subsahariens ont foulé le sol ibérique, selon l’ambassadeur et chef de la délégation de l’Union européenne (UE) en Algérie, Thomas Eckert. “Pour les personnes ayant effectué la traversée à travers la côte ouest de la Méditerranée, ils sont environ 14 000 individus. Ils ont rejoint l’Espagne durant la période allant de janvier à septembre 2021. Par nationalités, il y a d’abord les Algériens, ensuite les Marocains et, en troisième position, des personnes venant d’Afrique subsaharienne. Je pense que, pour 2021, ce sont les Algériens qui occupent la première place en matière d’immigration illégale”, a-t-il affirmé dans une interview accordée, fin novembre, à l’édition électronique du quotidien arabophone algérien  El Khabar. Pourtant, l’année 2021 n’est pas celle où le nombre d’arrivées de migrants clandestins algériens en Europe est le plus élevé, selon l’expert en migration clandestine, Raouf Farah. Ce qui, en revanche, retient l’attention de cet expert, c’est la banalisation de ce phénomène qui s’est emparé de toutes les couches sociales. Les images de ces Algériens entassés dans des embarcations de fortune ou en train d’être secourus par les gardes-côtes européens ne choquent plus. “Le phénomène de la harga s’est fortement banalisé. Une banalisation qui se reflète dans l’omniprésence du sujet au sein de la société et du désir permanent de départ qui anime toutes les couches de la population”, observe-t-il, en expliquant, par ailleurs, que cette banalisation “est aussi alimentée par des réseaux de plus en plus professionnels qui offrent des services exhaustifs à des prix très élevés. Il faut noter que cette banalisation de la harga contraste avec le silence des autorités face à l’accroissement d’un phénomène qui fait office de baromètre du bien-être de la société de manière générale”. 

Du 1er au 23 septembre, plus de 2 200 Algériens ont débarqué sur les côtes espagnoles à bord de 150 embarcations. Et il ne s’agit là que des clandestins secourus ou interceptés. Et selon les prévisions de plusieurs observateurs, rien ne dit que l’année 2022 sera moins marquée par cette tragédie. “Tous les indicateurs politiques et socioéconomiques suggèrent que la ‘demande’ harga sera élevée en 2022, tandis que l’offre ne cesse de se consolider depuis les deux dernières années. La route dite de l’Ouest (celle qui part de la côte nord-ouest algérienne vers l’Espagne) sera la plus empruntée bien que ce soit une traversée dangereuse où des centaines d’Algériens décèdent chaque année”, affirme l’expert Raouf Farah. 

Karim B. / liberte-algerie

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