Manifestation massive contre la normalisation de la Tunisie avec Israël

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A Tunis, de très nombreuses personnes ont manifesté dimanche à l’appel d’un député pour s’opposer à la normalisation des relations entre la Tunisie et Israël, après avoir eu vent d’un projet entre les Emirats, la Tunisie et Israël.

D’entrée de jeu, avant d’être élu, comme après son élection d’octobre 2019, le président tunisien Kaïs Saied avait fait savoir qu’il soutenait la cause palestinienne et qu’il lutterait contre toute « normalisation » avec l’Etat d’Israël.

Le nouveau président avait carrément déclaré son hostilité à la puissance occupante, en taxant de « haute  trahison » toute collaboration avec « l’entité sioniste ».

ll avait même estimé lors de son premier discours après sa victoire qu’un « drapeau palestinien devrait se trouver à côté du drapeau tunisien », et insisté en prêtant serment sur la centralité de la cause palestinienne, estimant qu’il est temps de mettre fin à cette injustice qui se poursuit depuis plus d’un siècle. « La Palestine est gravée dans les poitrines des Tunisiens », avait affirmé le nouveau président.

Il annonçait même le mardi 29 octobre le limogeage de Khemaies Jhinaoui, ministre des Affaires étrangères, qui avait été le directeur du bureau de contact que la Tunisie avait ouvert à Tel Aviv, au milieu des années 90. Celui-ci se serait rendu coupable de la préparation d’une visite d’une délégation tunisienne en Israël.

Ce qui amenait à l’époque Ahmed Abbes* et  Richard Falk* à envoyer à Kaïs Saied une lettre ouverte dans laquelle ces deux personnalités, se fiant davantage aux actes qu’aux paroles, lui demandaient « d’inclure dans le droit tunisien des dispositions rendant obligatoire l’exclusion des appels d’offres publics et privés des entreprises et des institutions financières qui commettent de graves violations du droit international humanitaire et des droits de l’homme, y compris des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité, ou en tirent profit. » 

« Il nous semble également juridiquement possible d’interdire, pour les mêmes motifs, l’entrée sur le territoire tunisien à toute personne directement ou indirectement impliquée dans des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ». ajoutaient-ils.

Après l’avoir félicité sur son discours d’investiture, Abbes et Falk écrivaient : « Afin que les droits inaliénables du peuple palestinien demeurent à jamais dans la conscience des Tunisiennes et des Tunisiens libres, nous vous prions, Monsieur le Président, d’initier une législation nationale interdisant les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le déni du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Nous sommes à votre service pour vous fournir toute l’assistance que vous jugerez utile dans la mise en œuvre d’un tel programme d’action en réponse aux souffrances injustes endurées par les Palestiniens. »

Mais des nuages se sont vite profilé à l’horizon avec une collaboration rampante entre Israël et la Tunisie, notamment dans les domaines « sécuritaires » et « écologiques », Israël étant bien outillé en matière de surveillance des populations, et de logiciels espions, et faisant par ailleurs, dans l’agriculture, la promotion de son système de » goutte à goutte ».  (Netafim dans le domaine de l’irrigation et Zeraïm et Hazera qui commercialisent des semences.)

« Lutter contre l’infiltration du géant israélien de l’agriculture Netafim en Tunisie permet de lutter contre les dommages collatéraux qu’engendrent son système d’irrigation goutte-à-goutte sur l’environnement et la biodiversité, et in fine de préserver notre souveraineté alimentaire », faisait remarquer au passage le mathématicien.

Comme beaucoup d’autres entreprises israéliennes, celles-ci ont développé depuis une dizaine d’années une nouvelle stratégie pour faire face aux campagnes ciblées du mouvement BDS, qui consiste à vendre la majorité de leurs actions à des groupes et des fonds étrangers, tout en conservant une partie du capital et en exigeant le maintien des unités de production et des activités de recherche et de développement en Israël. Cette stratégie vise à garder le contrôle d’un groupe, son savoir-faire et ses brevets, tout en se protégeant du boycott sous le parapluie d’une multinationale, analyse Abbes.

Dans un article de 2020, intitulé « Tunisie : une longue tradition de collaboration avec Israel », Ahmed Abbes dénonçait : « les leaders politiques continuent aujourd’hui à donner des gages aux puissances occidentales sur ce sujet, soit pour se faire accepter comme des partenaires « crédibles », soit pour décrocher auprès de l’UE de dérisoires avantages financiers et économiques en ces temps de crise endémique ». Il mettait également en garde contre les hommes d’affaires qui « font la promotion de la normalisation sous couvert de tolérance et de lutte contre l’antisémitisme ».

Toutefois l’opinion publique et les syndicats restent farouchement opposés à cette « normalisation » On l’a vu lorsque la compagnie maritime israélienne ZIM a été forcée d’arrêter ses services vers le port tunisien de Radès en août 2018, suite à une campagne menée conjointement par la Campagne tunisienne pour le boycott académique et culturel d’Israël (TACBI) et la centrale syndicale UGTT.

« Et c’est la mobilisation populaire contre la guerre à Gaza en 2009 qui a servi de tremplin à la révolution tunisienne, un fait assez rarement noté dans les analyses politiques du ‘Printemps arabe », estime l’auteur.

– Ahmed Abbes, mathématicien, directeur de recherche à Paris, coordinateur de la Campagne tunisienne pour le boycott académique et culturel d’Israël (TACBI) et secrétaire de l’Association française des universitaires pour le respect du droit international en Palestine (AURDIP).

– Richard Falk, professeur émérite de droit international à l’université de Princeton, ancien Rapporteur spécial des Nations unies sur « La situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 » (2008-2014) et premier vice-président du Conseil d’administration de la Nuclear Age Peace Foundation.

EuroPalestine / Oumma

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