Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée : Exposition sur les multiples vies de l’émir Abdelkader

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Par Pierre ROCHICCIOLI
Une exposition à Marseille revient sur les multiples vies du penseur et humaniste émir Abdelkader, avec l’ambition de rapprocher les mémoires. «Côté algérien, il est la figure du fondateur du premier État algérien, un combattant, un résistant. Chez nous, il était encore présenté au début du XXe siècle comme le meilleur ennemi de la France, dans les manuels scolaires. Aujourd’hui, on peut dire qu’il est assez méconnu», constate Camille Faucourt, une des commissaires de l’exposition prévue du 6 avril au 22 août au Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem) de Marseille (sud-est de la France).

«On a essayé de montrer toute la richesse et la complexité du personnage en revenant sur la plupart des facettes de sa vie : la période de la résistance qui l’a révélé à lui-même en tant que stratège militaire, son rôle de précurseur dans le droit des prisonniers, mais aussi sa captivité en France, son rapport à la spiritualité, à la modernité, sa capacité à dialoguer», explique Florence Hudowicz, l’autre commissaire de l’exposition. Fidèle à la vocation du musée de mieux faire connaître les cultures méditerranéennes, les deux femmes ne cachent pas leur ambition de rapprocher les mémoires de la France et de l’Algérie, où elles espèrent aussi pouvoir présenter cette exposition. «Le désir a été manifesté et si la concrétisation d’un tel projet reste complexe, le Mucem reste ouvert à toute proposition», font-elles savoir. Le projet de l’exposition est né d’une rencontre en 2019 entre le président du Mucem, Jean-François Chougnet, et le père Christian Delorme, l’ancien curé des Minguettes, un quartier populaire de la banlieue de Lyon (centre-est), très impliqué dans le dialogue inter-religieux.

Ancré dans la foi musulmane et ses traditions, Abdelkader tenait son autorité de la charia, la loi islamique, mais il a toujours dialogué avec des représentants des autres religions. En 1860, réfugié à Damas, il sauva des chrétiens lors d’émeutes qui les visaient, ce qui lui valut une reconnaissance internationale et des décorations, dont la légion d’honneur. Ouvert à la modernité, il a soutenu le projet du canal de Suez qui, pour lui, ouvrait la voie à un dialogue entre Orient et Occident.

Fierté algérienne
«Abdelkader est pour moi une grande figure libératrice. Comme Mandela un siècle plus tard, il fut un combattant pour la justice qui n’a jamais renoncé à une réconciliation à venir», explique Christian Delorme, pour lequel l’image de l’émir représente «la fierté et la générosité algériennes», «un repère», «une possible figure de médiation d’unification». L’homme a réuni depuis 2007 une collection d’objets liés à Abdelkader – journaux d’époque, gravures, ouvrages, photos, lettres -, qu’il a donnée au Mucem. Au total, l’exposition présente près de 250 oeuvres et documents répartis en cinq sections illustrant la vie d’Abdelkader. Issues de collections publiques et privées françaises et méditerranéennes, beaucoup sont inédites. On peut notamment voir le «traité de Tafna» de 1837 signé par le général Bugeaud, commandant des troupes françaises, et Abdelkader, qui accordait à ce dernier le gouvernement sur une grande partie de l’Algérie.

Pendant deux ans, l’émir y fonda les prémices d’un État, avec une monnaie et une administration, avant que la guerre ne reprenne. Également présentée, sa déclaration solennelle du 30 octobre 1852 à Louis Napoléon Bonaparte par laquelle, en échange de sa libération après cinq ans de captivité, il s’engageait à ne plus exercer de pouvoir politique ou militaire et à ne pas retourner en Algérie. La présentation du «Livre des haltes», recueil de pensées et d’expériences auquel l’émir a consacré une partie de son existence, fait aussi partie des nouveautés. De nombreuses images de l’émir sont exposées, dont la première photo prise par le photographe Gustave le Gray à Amboise en 1851, ainsi que des objets personnels, dont un caftan blanc. Parmi les contributeurs, les musées du Louvre et d’Orsay ont fourni des tableaux, et si la célèbre toile d’Horace Vernet, la prise de la smala d’Abdelkader, du musée de Versailles, était trop grande pour l’exposition, le public pourra la découvrir grâce à un dispositif multimédia offrant un regard critique sur l’oeuvre. (Source AFP)

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