Patrimoine musical national, Halte au pillage et à l’usurpation !

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Kamel Bouslama / Radio-m

Pourquoi diable s’échine-t-on outre frontières, tout particulièrement dans la sphère arabo-musulmane, à dénier, tout en l’usurpant, l’origine algérienne des musiques et chansons qui, pourtant, sont notoirement connues et appréciées en tant que telles à l’échelle internationale, pour ne pas dire mondiale ?

Imaginez que, navigant sur YouTube, vous tombez «nez à nez» sur une vidéo postée dont l’auteur -de toute évidence algérien- démontre, à travers moult cas de figure avérés, le pillage et l’usurpation éhontés de bon nombre de vidéo-clips de chansons algériennes par nos voisins, soient-ils à l’est ou à l’ouest de nos frontières, ainsi que par d’autres pays appartenant à la sphère arabo-musulmane. Encore que cet auteur affirme d’emblée ne pas être contre le fait que des chansons algériennes soient appréciées au-delà de nos frontières. Ce qu’il regrette, néanmoins, c’est que la plupart de ces chansons sont présentées comme étant issues des terroirs musicaux marocain, tunisien, égyptien et même des émirats. Mais jamais du terroir algérien, ce qui, d’ailleurs, l’a poussé, ainsi qu’il l’explique, à réaliser sa vidéo et à la poster sur YouTube afin d’alerter les internautes algériens, soient-ils des responsables dans le domaine culturel et artistique ou de simples citoyens.
De prime abord, donc, et une fois l’effet de surprise passé, vous avez bien du mal à réaliser ce qui, à s’y méprendre, s’apparente à une vaste conspiration d’ordre culturel, orchestrée par les pays cités plus haut, tant c’est énorme, grotesque et pitoyable à la fois. Ensuite, vous vous rendez, malgré tout, à l’cette triste évidence que si sous d’autres cieux on pille sans scrupule notre patrimoine musical, c’est parce que nous ne faisons rien, absolument rien pour le protéger et le défendre ; et, là, un sentiment de profond dégoût et de sourde révolte vous envahit. S’ensuivent alors de taraudantes interrogations dont celle-ci : comment se peut-il, d’une chanson reprise et remixée de Dahmane El Harrachi, chanson dont l’original est pourtant connu notoirement à l’échelle internationale, pour ne pas dire mondiale, comment donc se peut-il qu’on se permette de dire toute honte bue qu’elle est issue du terroir tunisien ?

Et ce n’est pas tout : de surprise en surprise, vous allez découvrir que même la chanson à grand succès «Zina», du groupe algérien Babylone, a été récemment présentée, au cours de l’émission «The Voice», sur la chaîne MBC, comme étant issue d’un terroir musical autre qu’algérien, en l’occurrence marocain. Et cela se passe ainsi, tenez-vous bien, pour toutes les autres chansons lors de grands événements culturels médiatisés, en l’occurrence  lors du passage de l’émission «Arab Gold talent» où les candidats provenant de différents pays arabo-musulmans proposent fréquemment des chansons tirées de différents terroirs dont le nôtre. Mais, faut-il insister là-dessus, sans avoir l’honnêteté de dire, lorsqu’il s’agit de chansons algériennes, que c’est issu du terroir national correspondant. A croire que le mot Algérie écorche leurs oreilles et celles des jurys lorsqu’il est prononcé lors des concours en question…

Dénoncer sans plus attendre les atteintes multiformes au patrimoine musical algérien

Le pire, c’est que ces mêmes jurys, qui sont censés avoir un tant soi peu de culture musicale, et par la même connaitre tout au moins les chansons algériennes, à fortiori lorsqu’elles sont connues et appréciées notoirement à travers le monde entier, ne réagissent point ou acquiescent carrément lorsqu’ils se trouvent, par exemple, face à une énormité telle que l’origine marocaine de la chanson-tube «Zina» du groupe algérien Babylone ou tunisienne lorsqu’il s’agit de la chanson «Khalouni» (Laissez-moi) de Dahmane El Harrachi.
On en dira pas plus tant la liste de tels cas de figure est longue, voire très longue. Ce qu’il faut bien se mettre en tête dans l’immédiat, c’est que, s’agissant de pillages et usurpations de notre patrimoine musical, presque tous les pays du monde dit arabo-musulman se sont mis de la partie. Et tout cela sans que jusque-là il n’y ait eu la moindre réaction officielle de la part des autorités algériennes. A telle enseigne, d’ailleurs, que si on admet que les pays en question nous mènent quelque part une guerre culturelle qui ne dit pas son nom, on peut toujours admettre, après tout, que «c’est de bonne guerre». Mais que l’inertie de nos responsables concernés se pérennise à un point devenu insupportable, là est une tout autre paire de manches. Que le bon sens le plus simple réprouve vivement dans tous les cas.

Pour tout dire, il nous est avis qu’avant de prendre des mesures plus adéquates, donc plus coercitives en ce domaine, il faudrait d’ores et déjà envisager au moins la mise sur pied d’une cellule de veille auprès du ministère de la culture, laquelle aurait pour mission de répertorier et, par la même, de dénoncer systématiquement ces atteintes multiformes au patrimoine musical algérien. Non sans ester au besoin, auprès des tribunaux compétents algériens et/ou étrangers, toute atteinte grave, commise par des parties tierces, à l’intégrité de notre patrimoine musical.

Kamel Bouslama / Radio-m

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