Pour une relation apaisée avec l’Algérie Macron doit affronter les lobbies de la haine

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Emmanuel Macron n’a pas dérogé à la tradition française sur le sujet du passé colonial de son pays.

Algériens et Français, écriront-ils une nouvelle page d’histoire à partir de jeudi prochain? Bien malin, celui qui répondra à cette question. L’équation algéro-française compte tellement de variables et d’inconnus que même un algorithme ne saurait en prévoir l’évolution, ne serait-ce qu’à court terme. Depuis Valéry Giscard d’Estaing, jusqu’à Emmanuel Macron, il a été enregistré tellement de poussées d’enthousiasme, par la suite déçues, que l’on se réserve automatiquement le droit au doute.

Avant Macron, l’Algérie a reçu le très optimiste Jaques Chirac qui a fait évoluer le dossier mémoriel, avant d’être retenu par les ultras de l’Algérie française qui lui ont barré le chemin avec leur loi sur les bienfaits de la colonisation. Son successeur, Nicolas Sarkozy enfonce le clou et installe les relations entre les deux pays dans une zone grisâtre où personne ne comprend ce que l’autre veut. Il faut dire que l’intransigeance d’Alger empêche les responsables français de «s’amuser» avec l’Histoire, de sorte que le discours d’Alger sur la mémoire s’impose comme un passage obligé qui met mal à l’aise les politiques de l’Hexagone qui s’alimentent dans les râteliers de l’extrême droite.


Le président Hollande qui s’est essayé à l’exercice de la franchise avec son homologue algérien sur des sujets importants à l’image des massacres du 8 mai 1945 et ceux du 17 octobre 1961, s’est heurté au mur révisionniste de son propre camp qui ne l’a pas suivi, le poussant aux «petites phrases» qui en disaient déjà long sur son renoncement à aller jusqu’au bout de la logique mémorielle.


Emmanuel Macron n’a pas dérogé à la tradition française sur le sujet du passé colonial de son pays. Soufflant le chaud et le froid, il a tenté un subtil exercice politique sur la question, mais qui lui est retourné à la figure, ramenant les relations entre les deux pays à la case-départ. Mais le même Macron qui a conscience du poids de l’Histoire et qui connaît parfaitement les extraordinaires dividendes que son pays pourrait tirer d’un partenariat sincère avec l’Algérie, voudrait peut-être marquer son second quinquennat par une véritable prise de position sur la colonisation qui, comme il l’avait déjà déclaré, est un crime contre l’humanité. Auquel cas, on pourrait objectivement se poser la question de savoir si les opinions publiques des deux pays assisteraient à un petit miracle historique qui fera dire à Emmanuel Macron ce que ces opinions publiques veulent savoir sur la réalité des relations entre les deux pays. Disons-le clairement personne de censé n’a intérêt à ce que les deux nations se regardent en chiens de faïence, à l’exception de ceux qui portent la hantise d’un passé sanguinaire qu’ils cherchent à glorifier pour se soustraire à la sentence de l’Histoire.


Malgré un parcours sinueux concernant son rapport à l’Algérie, l’on peut supposer qu’Emmanuel Macron voudrait donner un sens nouveau aux relations algéro-françaises. Il sait que l’Algérie n’attend pas forcément une «perche» économique. elle n’en a pas expressément besoin. Ce ne sont pas les partenaires qui manquent et même au coeur de l’Union européenne.

Il faut dire qu’entre sa dernière visite en Algérie et celle qu’il prévoit d’effectuer ce jeudi, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Il est clair qu’on ne parlera pas commerce à Alger. Il s’agira de bâtir une relation complète où chaque pays trouvera son compte. Dans le nouveau rapport que propose l’Algérie à la France, celle-ci y gagnera en puissance économique et aussi en terme d’image en Afrique. Emmanuel Macron est conscient que la solution n’est pas à Alger, mais à Paris. Il devra d’abord vaincre les lobbies de la haine qui tiennent en otage tout le peuple français. 

lexpressiondz / Saïd BOUCETTA

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