Propagande djihadiste : 10 ans de prison pour l’Algérien Saber Lahmar

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Cet innocenté de Guantanamo a «joué un rôle actif» dans des départs vers l’Irak et la Syrie, a estimé le tribunal correctionnel de Paris.

L’Algérien Saber Lahmar, ancien détenu de Guantanamo innocenté, a été condamné vendredi 17 juin à Paris à dix ans de prison pour avoir incité plusieurs candidats au djihad à des départs en Irak ou en Syrie.

La 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris, spécialisée en matière de terrorisme, a considéré que cet homme né en 1969 avait, via des prêches et des conversations, «joué un rôle actif» dans plusieurs départs aux conséquences importantes, puisqu’un homme est présumé mort depuis fin 2015. Né en Algérie, Saber Lahmar fait une licence en sciences islamiques et, selon la justice, devient membre du Groupe islamique armé (GIA).

Il part ensuite quelques années terminer ses études à Médine, en Arabie saoudite, avant d’apparaître en Bosnie-Herzégovine entre 1996 et 2001, où il travaille notamment dans une grande mosquée de Sarajevo considérée comme un lieu de rassemblement d’islamistes. Les Bosniens le livrent aux Américains début 2002 avec cinq autres Algériens, soupçonnés d’avoir fomenté un attentat contre l’ambassade des États-Unis.

Il est transféré dans la prison militaire de Guantanamo, sur l’île de Cuba, où il est détenu jusqu’en 2008 et subit des tortures, avant d’être innocenté par la justice américaine et d’être accueilli en France fin 2009.

Guide religieux

Rapidement considéré comme un «guide religieux» par des membres de la communauté musulmane locale en Nouvelle-Aquitaine, il officie dans une salle de prière clandestine située au-dessus du restaurant à Bordeaux de Mohamed H., l’autre prévenu, puis régulièrement pour la prière du vendredi dans la mosquée de Saint-André-de-Cubzac (Gironde).

Le tribunal a retenu contre lui des prêches et des propos «où il justifiait le départ en Syrie et en Irak», établis par des enregistrements ou des témoignages de proches, ainsi que des conversations avec les personnes parties sur zone, après leur départ, où «il ne remettait pas en cause» celui-ci. Les magistrates, qui ont suivi les réquisitions du parquet national antiterroriste (Pnat), l’ont en outre condamné à une période de sûreté des deux tiers ainsi qu’à une interdiction définitive du territoire français.

«Particulière gravité»

La 16e chambre a justifié sa décision par les importantes «conséquences provoquées» par les faits d’une «particulière gravité» qui lui sont reprochés : le départ d’Othman Yekhlef, probablement mort sur zone fin 2015, ainsi celui d’un couple et ses cinq enfants. Le père, Salim Machou, est l’un des sept Français condamnés à mort en 2019 par la justice irakienne pour leur appartenance au groupe État islamique. Les enfants «ont vécu en zone de guerre» et «sont retenus depuis 2017 dans un camp du Rojava», a déploré le tribunal.

Pendant toute l’audience, Saber Lahmar avait rejeté constamment les accusations. Ses avocats, Me Christian Blazy et Alix de Villanove, ont annoncé qu’ils allaient faire appel. «Sous prétexte qu’il avait une certaine aura de par sa culture islamique, on le condamne sans preuve, pour avoir facilité le départ d’une famille vers la zone irako-syrienne alors qu’il n’avait objectivement aucun pouvoir pour le faire», ont-ils critiqué.

Adhésion idéologique «totale»

Mohamed H., coprévenu présenté par l’accusation comme le «second du cheikh Lahmar» et né au Maroc en 1977, a en revanche été relaxé, malgré les réquisitions du Pnat de six ans d’emprisonnement. Le tribunal a estimé que son «adhésion totale à l’idéologie de l’organisation État islamique» entre fin 2015 et mi 2017 était certes établie. Mais «l’adhésion à une idéologie propagée par une organisation terroriste ne constitue pas une participation à une association de malfaiteurs terroriste», a souligné la présidente de la 16e chambre.

Au cours de l’audience, Mohamed H. avait reconnu pour la première fois sa «radicalisation» passée, un «réel cheminement d’introspection» selon la 16e chambre, qui a en outre jugé qu’aucun élément ne prouvait qu’il avait eu un rôle de propagande ou d’incitation au départ. «La justice ne s’est pas contentée d’hypothèses ou de suppositions et a rendu une décision de justice fondée et à la motivation sans faille. Mon client va pouvoir reprendre le cours de sa vie. C’est un soulagement», s’est félicitée son avocate, Me Noémie Saidi-Cottier.

Par Le Figaro avec AFP

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