Quand et comment le burkini est apparu en France et dans le monde ?

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Comme souvent ces dernières années, le burkini fait polémique. Cette fois-ci suite à la décision du maire de Grenoble de lever son interdiction dans les piscines de sa ville. Que sait-on sur les origines de ce maillot de bain couvrant qui divise tant ?

Le débat sur le burkini est de nouveau relancé. Ce lundi, le conseil municipal de Grenoble va proposer aux élus de voter l’autorisation du maillot de bain intégral dans les piscines de la Ville. Si le maire Éric Piolle indique que son interdiction dans les piscines municipales est une discrimination, d’autres le voient comme un signe politique de prosélytisme religieux qui enferme la femme ou tout simplement comme une tenue qui ne respecte pas les normes d’hygiène en place dans les piscines municipales.

Depuis plusieurs années, plus particulièrement depuis 2016, ce maillot de bain couvrant qui n’existait pas encore il y a 20 ans divise la sphère politique et se trouve au centre de plusieurs polémique. Cette tenue a été inventée en 2004 en Australie, pays où les sports aquatiques sont omniprésents. C’est Aheda Zanetti, une créatrice australienne d’origine libanaise, qui décide à l’époque d’inventer « un maillot pour la femme musulmane mais qui correspond aussi au code vestimentaire occidental ». En voyant sa nièce jouer au netball, ce sport dérivé du basket-ball, l’Australienne s’aperçoit que la jeune fille n’a pas une tenue adaptée avec son voile et son survêtement.

« Burkini » et « Burqini », deux marques déposées

Elle imagine alors le « hijood », un survêtement de sport pour les musulmanes avec le voile intégré afin de les aider à s’adapter à la pudeur religieuse tout en restant actives. Dans la foulée lui est venue l’idée du burkini (ndlr : contraction des mots « burqa » et « bikini »), destiné aux femmes voilées qui veulent se baigner ou pratiquer des sports aquatiques. Elle décide alors de créer sa société, Ahiida, pour commercialiser ses produits et décide de déposer les marques « Burkini » et « Burqini » en Australie et dans d’autres pays comme ceux de l’UE, Singapour, la Nouvelle-Zélande, le Canada ou encore la Turquie.

En France, la première polémique du burkini arrive à l’été 2009, lorsqu’une femme d’une trentaine d’année se voit refuser la baignade parce qu’elle nageait en burkini à la piscine d’Émerainville (Seine-et-Marne). Cette femme avait voulu déposer plainte au commissariat mais celle-ci avait été refusée, elle avait donc déposé une main courante. Le maire de la ville Alain Kelyor (UMP) indiquait alors que « tout cela [n’avait] rien à voir avec l’islam, car le règlement intérieur des piscines refuse que l’on se baigne tout habillé, pour des principes d’hygiène, comme c’est le cas pour les caleçons », en ajoutant que « ce genre de maillot n’existe pas dans le coran ».

« Des risques de troubles à l’ordre public » invoqués en 2016

Ne masquant pas le visage, le burkini n’est pas interdit par la loi contre le voile intégral du 11 octobre 2010. C’est en 2016 que la polémique éclate vraiment en France, avec notamment le lancement d’un modèle de burkini par la marque britannique Marks & Spencer et surtout l’interdiction du port du burkini par de nombreux maires de l’Hexagone sur les plages de leur ville. Ces derniers invoquaient alors les risques de trouble à l’ordre public pour justifier l’interdiction. « Une tenue de plage manifestant de manière ostentatoire une appartenance religieuse, alors que la France et les lieux de culte religieux sont actuellement la cible d’attaques terroristes, est de nature à créer des risques de troubles à l’ordre public (attroupements, échauffourées, etc.) qu’il est nécessaire de prévenir. », expliquait le maire LR de Cannes David Lisnard. Si l’hygiène est la raison pour laquelle le burkini est interdit dans les piscines municipales, son interdiction dans l’espace public reste donc beaucoup plus floue juridiquement parlant.

À l’étranger, le burkini est plus ou moins accepté. Comme en France, cela a parfois provoqué quelques polémiques en Belgique ou en Allemagne, même s’il semble plus accepté dans le dernier pays cité. Du côté de la Grande-Bretagne ou des États-Unis, on ironise même parfois face à l’ampleur de la polémique en France. « La France désigne la nouvelle menace à sa sécurité : le burkini », titrait ainsi le New York Times. Signe supplémentaire que l’ampleur de la polémique avant sans doute dépassé la réalité des faits de 2016 : à l’époque, aucune agence de presse ne disposait de photographies de femmes portant ce vêtement sur une plage française, comme le racontait Slate. « On écrit pas mal de choses sur le sujet, mais nous n’avons pas vu beaucoup de burkinis », s’amusait ainsi Francis Kohn, directeur de la photo à l’AFP.

Maxime Poul / news.yahoo

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