Triche au BEM : le député d’El Oued condamné à trois ans de prison ferme L’alibi de l’immunité tombe

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Le verdict est donc tombé. Il sonne comme un véritable avertissement aux autres députés ou membres des forces de l’ordre qui seraient tentés d’abuser de leur pouvoir.

La justice frappe fort! Le député d’El Oued qui a voulu faire tricher sa fille au BEM a écopé de trois ans de prison ferme. La même sentence a été prononcée pour son complice, chef de brigade de la gendarmerie par intérim de la commune de Still (El Oued). En effet, le tribunal d’El Oued vient de rendre son verdict dans cette affaire qui a défrayé la chronique au début du mois en cours. Fort de son double statut de député et de milliardaire, cet élu FLN s’est cru tout permis.

Il a demandé à ce gendarme, censé être garant de la loi, de faire passer une enveloppe à sa fille contenant les corrigés de l’épreuve de mathématiques. Toute honte bue, il se présente alors au chef de centre de l’examen pour lui ordonner de remettre l’enveloppe à la fille de ce cher élu du peuple. Impassible, malgré les menaces, ce chef de centre n’a pas cédé aux caprices de ce nabab. Il a de suite décidé de déposer plainte auprès du groupement territorial de la gendarmerie d’El Meghaier. Alerté, le procureur de la République de cette wilaya a ordonné l’arrestation des deux «fraudeurs», avant de les mettre en détention provisoire. Ils ont été alors inculpés de tentative de faire «fuiter les réponses et les sujets d’examen du BEM via un groupe de personnes»,«mauvaise utilisation de la fonction» et «incitation des fonctionnaires au trafic et mauvaise utilisation de la fonction». Le verdict est donc tombé, lundi dernier. Ils ont été lourdement condamnés. Ce qui sonne comme un véritable avertissement aux autres députés ou membres des forces de l’ordre qui seraient tentés d’abuser de leur pouvoir.

Car, il faut rappeler que ces dernières années, ce genre de pratiques sont devenues monnaie courante. Certains briguent même une place à l’hémicycle rien que pour bénéficier de l’immunité qui leur permettrait de faire leurs sales affaires sans aucune crainte. L’éclatement du Hirak en février 2019 et le grand ménage qui a suivi a fait que de nombreux députés soient jetés en prison pour corruption, abus de pouvoir et dilapidation des biens publics. Les Algériens ont découvert avec stupéfaction l’ampleur des dégâts. Ce que beaucoup pensaient que c’était de simples histoires populaires s’est avéré vrai. C’est même pire que ce que l’on raconte. On se souvient aussi que d’anciens ministres se sont même fait élire ou ont été nommés au Sénat pour échapper à la justice. On cite entre autres: Djamel Ould Abbès, Amar Ghoul, Saïd Barkat, Baha Eddine Tliba, Mohamed Djemai, Abdelkader Ouali…Des levées d’immunité ont suivi afin qu’ils puissent répondre de leurs actes devant un tribunal.

Mais la procédure est parfois lourde et complexe. C’est ainsi que le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a décidé de changer les choses dans la nouvelle Constitution du pays adoptée par référendum populaire le 1er novembre 2020. L’article 130 de la nouvelle Loi fondamentale du pays stipule qu’un député peut faire l’objet de poursuites judiciaires pour les actes non liés à ses fonctions parlementaires. C’est grâce à cet article de loi que le député d’El Oued a pu être jugé immédiatement. À une autre époque, il aurait certainement échappé aux mains de la justice, au moins jusqu’à la prochaine législature. Aujourd’hui, le chef de l’État veut moraliser la vie politique et tourner la page de la corruption qui a gangrené le pays. Cette lourde condamnation d’un puissant député va dans ce sens. Est-ce donc véritablement la fin de l’impunité? Wait and see…

lexpressiondz / Walid AÏT SAÏD

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